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    Alberto Burri

     « Ruderi di Gibellina » par Gabriel Valentini — Travail personnel. Sous licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons - http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Ruderi_di_Gibellina.jpg#mediaviewer/File:Ruderi_di_Gibellina.jpg

     

    A Gibellina en Sicile, Alberto Burri réalise entre 1985 et 1989, le Grande Cretto  en recouvrant de ciment tout un village détruit par le tremblement de terre de Belice le 14 janvier 1968 (quatre villages furent alors détruits), laissant la majorité des familles sans abri. Il s'agit là d'un exemple monumental de land art. C'est une immense chape (coltre) de ciment qui s'étale sur le flanc sud sud-est de la montagne selon la forme d'un quadrilatère irrégulier de quelques 300m sur 400m. Dans le ciment ont été tracées de grandes tranchées de 1.6m de profondeur et 2 à 3m de largeur, dans lesquelles les visiteurs peuvent circuler. Elles suivent le tracé des rues de l'ancienne ville et permettent de restituer l'idée de la cité avant le tremblement de terre. 

    Un mémorial impressionnant, qui se présente comme un craquelé immense... à l'échelle de ce tremblement de terre, et dont la valeur artistique réside dans le gel de la mémoire historique d'un pays. C'est l'une des oeuvres d'art contemporain la plus étendue dans le monde, une oeuvre poignante qui m'a donné envie d'en savoir plus sur Alberto Burri...

      

    Alberto Burri

     

    Alberto Burri

      

     

      

    J'ai choisi ce portrait d'Alberto Burri, parce que j'aime les mains, surtout les mains des artistes, elle disent beaucoup de leur travail, de leur personnalité, et de leur générosité, de la façon qu'ils ont de donner à l'Art, et au public, à nous tous qui ne comprenons pas toujours ...

    Il est né le 12 mars 1915 à Città di Castello en Italie, et mort à Nice en France le 13 février 1995. Après des études médicales, il obtient son diplôme de médecin à l'université de Pérouse en 1940, et sert dans l'armée italienne durant la seconde guerre mondiale. Capturé avec son unité en Afrique du Nord, il commence à peindre alors qu'il est détenu à Herreford (Texas) dans un camp d'internement pour prisonniers de guerre. Il fait alors ses premières expériences de peinture sur des sacs de jute.

    Libéré en 1946, il s'installe à Rome, où a lieu, l'année suivante, sa première exposition personnelle à la Galleria La Margherita. En 1949 il expose à Paris au Salon des Réalités Nouvelles ses premiers Catrami (goudrons) et Muffe (moisissures). En 1950 il fonde le groupe Origine. A partir de 1953 ses expositions se succèdent sans discontinuer en France et aux Etats Unis.

    A partir de 1952 il commence à réaliser sa célèbre série des sacchi (sacs) toile de jute qu'il peint, racle et plonge dans la colle avant de les recouvrir de linge usés et déchirés, dont il utilise les trous, rapiéçages, abrasions ou éraflures, métaphore de chair humaine meurtrie, blessée et ensanglantée.

     

    Alberto Burri (1915-1995)

    Catrame 1949

    Alberto Burri (1915-1995)

     

    Alberto Burri (1915-1995)

     

    Aussi étrange que cela puisse paraître, l'expérience dramatique et douloureuse d'être un prisonnier de guerre dans un camp américain est devenu un catalyseur pour l'évolution de ce jeune médecin italien, dont la première des oeuvres a été réalisée alors qu'il était emprisonné. Sachant cela, on considère les matériaux humbles de ses premières oeuvres, et on imagine les privations subies au cours de cette période de captivité. Mais le plus extraordinaire, c'est qu'il réussit à créer, avec des matériaux limités, une telle variété d'effets dramatiques à la fois dans la composition et la texture...

    Ainsi, Burri qui avait reçu une formation médicale, va transformer l'anatomie du tableau, en traiter la surface comme une peau, avec ses coutures, ses cicatrices, et ses tensions.

    A partir de 1956, il introduit selon le même principe des morceaux de bois (Legni ) 1957, de tôles industrielles rouillées et soumises à une forte chaleur (Ferri) 1958, puis, dans les années 1960, de plastique brûlé : ce sont les Combustioni, où les minces couches de plastique, déformées et trouées par les flammes reprennent le thème de la brûlure, de la blessure physique ou morale. 

    Les Gobbi sont des leviers en bois ou en métal, fichés au dos du support, qui boursouflent le tableau et l'apparente à la sculpture... Les textures extrêmement variées et créatives de Burri intéressent les plus grands : Rauschenberg vient le voir à Rome en 1953 et Calder en 1954.

     

    Alberto Burri (1915-1995)

     

    Legno

     

    Alberto Burri (1915-1995)

    Grande Ferro (tôle montée sur toile)

     

     

    Alberto Burri (1915-1995)

     Plastique, acrylique, colle et cellotex roussi

     

    Alberto Burri (1915-1995)

     

     

    Alberto Burri (1915-1995)

    Contrairement à d'autres oeuvres de la série des "combustioni" où le plastique est opaque, rouge ou noir, il est ici blanc et transparent, tendu sur un cadre métallique. L'oeuvre paraîtrait immatérielle si les trous dus à la combustion ne lui rendaient pas un aspect visuel et tactile en raison de leurs rebords noircis et ourlés et parce que le vide qu'ils ouvrent fait ressortir par contraste l'épaisseur du plastique. La série gagne en radicalité : elle se passe de toile de fond, et la peinture est désormais totalement absente, laissant place à la légereté et l'évanescence. 

     

     

    "Pour moi, la peinture c'est une liberté qu'il faut arriver à affermir, à défendre avec prudence." Alberto Burri

     

    Alberto Burri (1915-1995)

     

      

    A partir de 1973, il réalise les cretti (crevasses) compositions de très grand format utilisant des résines qui rappellent les fendillements de la boue séchée au soleil. La deuxième video montre bien les différentes façons de travailler, et les différents formats des oeuvres. 

     

     

    TRAILER Alberto Burri - La vita nell'arte from Davide Gambino on Vimeo.


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  • Lucio Fontana (1899-1968)

     

    Au commencement était un sculpteur classique, travaillant sur des motifs antiques ou religieux, avec déjà, tout de même, un renoncement à la ligne claire des volumes, ayant déjà un goût prononcé pour les scories, les éclats émaillés, les pointes de matières supplémentaires. Les silhouettes comme explosées de l'intérieur, poussées vers l'extérieur par un excès de matière (pulsion). Cette remarque n'est pas sans intérêt dans l'abord de la naissance des trous (buchi)  

     

    Lucio Fontana (1899-1968)

     

    Si les sculptures figuratives sont éclatées et portent des excès de matière, les premières "toiles", considérées comme des sculptures elles aussi, sont à l'inverse, percées et ouvertes. C'est ici le grand apport de Lucio Fontana : la pulsionalité est passée du côté du spectateur et de son regard. L'ouverture de la toile est un geste de spectateur s'emparant du tableau, plus qu'un geste de peintre voire de sculpteur. Ces oeuvres appartenant à la série des buchis (trous) ont alors le titre de concetto spaziale permettant de ne pas trancher entre peinture et sculpture. 

      

    Lucio Fontana (1899-1968)

    Lucio Fontana, photo de Ugo Mulas (1962) 

     

    Ainsi, le maître de l'Informel, avec la série des "trous" sur la toile, et ensuite avec les célèbres "fentes" (tagli), a radicalement innové le concept de l'Art. Ces cycles correspondent à la nécessité de trouver un nouvel espace qui va "au-delà" de la toile sans nier la peinture, ouvrant l'espace de la peinture comme si c'était une fenêtre sur le réel : ici l'effet n'est pas obtenu avec la fiction, mais mis en pratique avec une véritable entaille, comme un judas sur le monde.  

     

     

    Lucio Fontana (1899-1968)

     Concetto spaziale New York 1962 

    Collection Fondazione Lucio Fontana Milano

     

    Lucio Fontana (1899-1968)

     

     

    Photos de Lucio Fontana par Ugo Mulas

     

     

    Lucio Fontana (1899-1968)

     

     

    Lucio Fontana (1899-1968)

     

    Concept spatial Iris Clert 1961

      

    Lucio Fontana (1899-1968)

    Concept spatial Le Ciel de Venise 1961

     

    Lucio Fontana (1899-1968)

    Concept spatial, Sur la Piazza San Marco de nuit avec Terresita 1961

     

    Toute la série sur Venise est éblouissante et précieuse, rappelant les enchantements des mosaïques de la basilique Saint Marc, et le ciel de Venise... mais... Lucio Fontana, c'est aussi :

     

    Lucio Fontana (1899-1968)

     

    Maquette pour la porte de la cathédrale de Milan. Porte entière (2ème étape) 1951-1952 (fonte en 1961).

    Plaques en bronze, support en fer réalisé en 1972. Musée du Vatican.

     

    et aussi :

     

    Lucio Fontana (1899-1968)

     

    Sphères en terre cuite vernissée, et terre cuite oxydée...

     

    et aussi...

     

    Lucio Fontana (1899-1968)

     

    Lucio Fontana (1899-1968)

     

     

     


    Quel art est-il? Lucio Fontana par liberation

     

    Lucio Fontana (1899-1968)

     

    Site officiel : Fondazione Lucio Fontana.it/ 

    Sources  : Exposition Lucio Fontana

    et /lucio-fontana--i-ambienti-spaziali

    et http://culturevisuelle.org/parergon/archives/2047

     


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    Jean Fautrier (1898-1964)

     

     

    Jean Fautrier : le sanglier écorché (huile sur toile 163x131)

     

     

    "Fautrier n’est pas autant séparé de l’histoire de l’art qu’on voudrait bien le dire. Le Bœuf écorché de Rembrandt, les cochons toilettés de Van Ostade, pour le thème, et pour la pâte, c’est la technique du torchon gras d’Antoine Vollon et des ténébristes de la fin du XIXesiècle.

    Ce n’est pas sans raison d’ailleurs que cette magnifique composition fut achetée en 1937 pour le Musée du Luxembourg par les derniers héritiers de Bonnat. Mais ce ne sont là que parentés extérieures. Dans ce Sanglier écorché et dans le Grand sanglier noir, donné par l’artiste au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris en 1964, ce qui frappe ce sont les formats excessifs, extravagants même dans l’œuvre de Fautrier qui, d’ordinaire, peint petit. La bête fauve au poil collé est écartelée comme une vulgaire souris de laboratoire immobilisée dans l’ultime convulsion. Elle est éventrée au pinceau. Vision monstrueuse, insoutenable, pour ceux qui la virent au Salon d’automne, en 1927, où elle fut vraisemblablement présentée. Devant cette plaie béante comme un sexe ouvert et gluant, on ne reconnaît plus le vieux thème des trophées de chasse conventionnels. Contemporaines de lapins écorchés, de lapins pendus, de gigues de peau de lapin, ces natures mortes ont peu à voir avec la volaille faisandée de Soutine éclaboussée de couleurs. Le jeune Fautrier, triturant la pâte, grattant la toile, est une énigme de fureur inexpliquée qui trouve son paroxysme morbide dans son ténébreux nu d’homme éviscéré du Musée des Beaux-arts de Dijon. "

     Extrait du catalogue Collection art moderne - La collection du Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, sous la direction de Brigitte Leal, Paris, Centre Pompidou, 2007

     

     

     

     

    "La peinture est une chose extrêmement sérieuse, extrêmement tragique et divine en quelque sorte. Des peintres comme Klee et Kandinsky ont exigé de trouver dans leurs tableaux non pas seulement les apparences comme l'avaient fait les peintres jusqu'ici, mais la réalité elle-même, l'essence de la réalité, quelque chose comme une présence divine qui justifiât le monde entier, et ça a été le sentiment de tous les peintres modernes depuis le cubisme" (Jean Paulhan)

     

    Jean Fautrier (1898-1964)

     

    Les Grands Arbres (1958)  

    Huile sur papier marouflé sur toile (114x146)

     

    "Il semble que Jean Fautrier dans ces Grands Arbres ait voulu tout rendre à la fois : à la terre son poids, à la nuit l'obscurité, à la cruauté sa tendresse, au jour son sourire, à l'âme sa part d'épaisseur. Tableau devenu monde élémentaire où la matière elle-même semble simple,indestructible et cependant presque indifférente à son propos, à l'image de ces promeneurs qui ont arpenté mille fois le même sentier, vu le même ruisseau, les mêmes cailloux, les mêmes mottes de terre, les mêmes arbres, et qui ne s'en soucient plus. Seuls les retiennent, un bref éclair le long d'une écorce, le pli d'une feuille, le frémissement d'une branche, l'agitation de l'eau. Dans son informalité, la peinture de Jean Fautrier, à l'image du promeneur, ne retient et ne révèle que ce qui suspend le sentier, le ruisseau, la pierre et l'arbre."

    source : Les Grands Arbres

    voir aussi : La jeune fille

     

     

     


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    Antoni Tàpies

     

     Photo El Duende Cendre et Braise

     

     

     

    "Cette sensation d'oppression, de négation, c'est peut-être une constante de ma peinture"

     

    "Quand j'ai commencé à peindre, je me suis rebellé... d'abord une espèce de refus de me soumette à la peinture académique... qui était le symbole de toutes ces choses périmées contre lesquelles il fallait lutter..."

     

    "L'art a une vie propre, à part même les intentions de l'artiste, alors il se fait une espèce de lutte entre l'auteur et l'oeuvre."

     

     


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