• Ballade des pendus (François Villon)

     

    Gustave Doré (Gravure pour l'Enfer de Dante)

     

    Frères humains qui après nous vivez

    N'ayez les coeurs contre nous endurcis

    Car si vous avez pitié de nous, pauvres,

    Dieu en aura plus tôt de vous miséricorde.

    Vous nous voyez attachés ici, cinq, six,

    Quant à la chair que nous avons trop nourrie

    Elle est depuis longtemps dévorée et pourrie,

    Et nous les os, devenons cendre et poussière.

    De notre mal, que personne ne se moque,

    Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

     

    Si nous vous appelons frères, vous n'en devez

    Avoir dédain, quoique nous fûmes occis

    Par justice. Toutefois vous savez

    Que tous les hommes n'ont pas bon sens rassis.

    Excusez-nous puisque nous sommes transis, (trépassés)

    Auprès du fils de la Vierge Marie,

    Que sa grâce ne soit pour nous tarie,

    Nous préservant de l'infernale foudre.

    Nous sommes morts, que personne ne nous harie (tourmente)

    Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

     

    La pluie nous a lessivés et lavés,

    Et le soleil desséchés et noircis,

    Pies, corbeaux, nous ont les yeux crevés,

    Et arraché la barbe et les sourcils.

    Jamais nul temps ne nous sommes assis,

    Deci delà comme le vent varie,

    A son plaisir sans cesser nous charrie,

    Plus becquetées d'oiseau que dés à coudre.

    Ne soyez donc que de notre confrérie,

    Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

     

    Prince Jésus, qui sur tous a maistrie (puissance)

    Fais que l'enfer n'ait sur nous seigneurie.

    N'ayons rien à faire ou à solder avec lui.

    Hommes, ici, n'a point de moquerie,

    Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

     

    François Villon (Ballade des pendus)

     

    Illustration : Gravure de Gustave Doré pour l'Enfer de Dante.

     

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  • Commentaires

    7
    Jean-Jacques
    Vendredi 8 Août 2014 à 18:14
    Merci Eva de nous remettre en mémoire cette ballade de François Villon. Je pense également à cette magnifique ballade des Dames du temps jadis, merveilleusement mise en musique par "Tonton Georges". Mais où sont les neiges d'antan ! On a les Dames du temps jadis qu'on peut... Bien à vous Eva. Jean-Jacques
    6
    Lundi 21 Janvier 2013 à 20:16
    le poème
    la ballade des pendus
    a toujours bouleversé ma vie

    j'aimerais lui rendre hommage
    par un texte anecdotique
    de ma vie de vagabond

    ----

    LA PALETTE DE CHOCOLAT

    Quand je doute de la qualité de mon intensité de lumière, je refais l'expérience de la palette de chocolat. Je te raconte. Un jour que je vagabondais avec un camarade existentiel, je lui racontai mon désarroi. J'avais juste assez d'argent sur moi pour me payer un fantasme, une palette au chocolat caramilk. Et j'avais honte de mon aveuglement créé par la faim. Et j'étais gêné de lui en offrir la moitié parce que lui aussi sans le sou, il aurait probablement le goût de manger autre chose.

    Ce compagnon me dit: t'as jamais essayé d'acheter une palette au chocolat caramilk à l'autre, en remerciant la vie si par pure bienveillance, il t'en redonne la moitié?

    Dans l'histoire vraie racontée par ma chanson des allumettes, je réalise quelques années plus tard, qu' il y a eu la pure émotion ''caramilk'' d'avoir donné une allumette à l'autre en recevant mille fois plus par son feu du matin.

    SUFFIT D'UNE ALLUMETTE

    ma liberté
    une nuit un orage
    un jeune pouceux que j’ai connu s’a route

    à 25 ans
    y a perdu son courage

    j’ai 58
    c’est pas grave un naufrage

    l’un comme l’autre
    pas de sac de couchage
    rien à manger
    une chance ma gourde est pleine

    le jeune a mal aux pieds
    j’le vois dans son visage

    y va pleuvoir
    c’est glacé dans ses veines

    REFRAIN

    que je lui dis
    suffit d’une allumette
    pour enflammer ta vie

    rêve d’une conquête
    d’un grand feu sous ta pluie
    d’un grand feu sous ta pluie

    COUPET 2

    ma liberté
    une nuit un orage
    j’ai dit au jeune
    va dormir en d’ssous d’l’arbre

    m’a prendre soin d’toé
    m’a m’occuper du feu

    mets mon manteau
    tu vas t’sentir au chaud

    une chance qu’on est
    en d’ssous d’un sapinage
    je casse des branches
    chu mouillé d’bord en bord

    la run est toffe
    pendant que le jeune dort

    je pris pour qu’il
    retrouve son courage

    COUPLET 3

    ma liberté
    une nuit un orage
    au p’tit matin
    chu complètement crevé

    y mouille encore
    mon feu est presque mort

    le jeune se lève
    y est comme énergisé

    y fonce dans l’bois
    y casse des gros branchages
    y est en pleine forme
    son feu m’monte au visage

    sèche mon linge
    lui son manque de courage

    y m’sert la main
    et reprend son chemin

    REFRAIN FINAL

    c’est lui qui m’dit
    suffit d’une allumette
    pour enflammer ma vie

    j’te jure
    que j’rêverai de ma conquête
    d’un grand feu sous ma pluie

    et le vieux
    je te remercie

    Pierrot
    vagabond celeste
    5
    Mardi 25 Septembre 2012 à 23:23

    La Charogne de Baudelaire n'est pas mal non plus 

    4
    Mardi 25 Septembre 2012 à 21:54
    Adolescent je la savourais, cette ballade, comme une friandise ; en alternance avec "Les métamorphoses du vampire" de Baudelaire.
    Sans oublier Lautréamont...
    3
    Mardi 25 Septembre 2012 à 00:09

    La chanson de Brassens est bien sûr plus connue du grand public que la Ballade des Pendus ou le Testament, c'est la raison pour laquelle je me suis intéressée à ces deux derniers textes, mais j'aime beaucoup Brassens, et je ferai un billet sur la Ballade des Dames du Temps jadis ! Ce sont aussi mes visiteurs qui guident mes choix, ce sont parfois eux qui m'inspirent lorsque je suis à court d'idées ! Merci pour votre passage Jean-Jacques, et à demain... 

    2
    Lundi 24 Septembre 2012 à 08:33

    poète maudit à la poésie subversive... mais la vraie poésie n'est-elle pas toujours subversive ?

    1
    DAN
    Dimanche 23 Septembre 2012 à 23:36
    Comme disait ce cher Georges, tout est bon chez lui il n'y a rien à jeter...
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