• Camillo Sbarbaro (12 janvier 1888-31 octobre 1967)

    Camillo Sbarbaro (12 janvier 1888-31 octobre 1967)

     

    Camillo Sbarbaro né à Santa Margharita Ligure, (Italie) le 12 janvier 1888, est un écrivain et poète italien, également botaniste passionné par l'étude des lichens. Ses poèmes, moins d'une cinquantaine, sont considérés parmi les plus beaux de la poésie italienne du XXe siècle.

    "Sa poésie inquiète, faite de révolte contre la destinée humaine, mais aussi de détachement résigné, nourrie de ses seules expériences sans ambitions philosophiques, s'exprime sur un ton discursif, dans une langue simple, essentielle."  (Guy Tosi)

    Le recueil "Pianissimo" est constitué de poèmes publiés en 1914, où l'on sent la solitude de cet homme dans la ville, un certain mal de vivre ponctué de désirs de mort.

     

    "Et le soir venu, dans mon lit / je m'allonge comme dans un cercueil / Tais-toi mon âme "

    "E, venuta la sera, nel mio letto,/ mi stendo lungo come in una bara. / Taci, anima mia." Camillo Sbarbaro  

     

    La poétique de Sbarbaro est marquée par une conversation intérieure constante avec son âme, une âme épuisée, fatiguée, incapable de réagir aux coups portés. Les gestes du quotidien prennent une répétitivité extatique qui transforme l'homme en automate. Dans le sillage de Baudelaire, Sbarbaro dépeint l'atmosphère de la ville, mélancolique et dégradante, traversée par l'ennui, habitée par des personnages seuls, misérables, alcooliques et sans avenir... 

     

    "Toujours absorbé en moi-même et dans un monde à moi / Je me déplace comme endormi parmi les hommes./De celui qui me heurte du bras je ne m'aperçois pas, / et si je regarde intensément chaque chose / je ne vois presque jamais ce que je regarde./ Je me fâche contre celui qui m'enlève / à moi-même. Toute voix m'importune. / Je n'aime que la voix des choses. / Tout ce qui est nécessaire et habituel / m'irrite, tout ce qui est vie, / comme la brindille irrite l'escargot / et comme lui, en moi-même je me retire."

     

    Sempre assorto in me stesso e nel mio mondo 

    come in sonno tra gli uomini mi muovo. 

    Di chi m’urta col braccio non m’accorgo, 

    e se ogni cosa guardo acutamente 

    quasi sempre non vedo ciò che guardo. 

    Stizza mi prende contro chi mi toglie 

    a me stesso. Ogni voce m’importuna. 

    Amo solo la voce delle cose. 

    M’irrita tutto ciò che è necessario 

    e consueto, tutto ciò che è vita, 

    com’irrita il fuscello la lumaca 

    e com’essa in me stesso mi ritiro. (Camillo Sbarbaro)

     

     

    Lors du déclenchement de la Première Guerre mondiale, le poète rejoint la Croix-Rouge italienne, où il est reste jusqu'en Février 1917, jusqu'à ce qu' il soit appelé aux armes. En Juillet, il est envoyé sur le front. Expérience si dévastatrice, sanglante, humainement folle qui ne peut pas le laisser indifférent. L'écrivain, perdu dans la souffrance de ces abattoirs humains en fait le récit en prose en 1920 dans le volume  puces. 

    En 1919,  la Riviera italienne,  le magazine fondé par Mario Novaro, lui consacre totalement le dernier numéro. Sbarbaro gagne alors maigrement sa vie en tant que répétiteur de grec et de latin. Il est passionné de botanique, et se consacre à l'étude des lichens (pour les non-initiés : organismes symbiotiques résultant de l'association de deux classes : un organisme autotrophe, une cyanobactérie ou algue, et un champignon). 

    Il connait à cette époque l'immense Montale, originaires tous deux de Ligurie, et en 1921 il commence à collaborer avec le  Gazzetta di Genova , en particulier la publication d'articles sur  sa bien-aimée Ligurie. En 1927, il accepte le poste de professeur de grec et latin à l'Institut de Gênes, dirigé par les Jésuites, mais il est contraint d'abandonner bientôt ce poste en raison du refus de Sbarbaro d'adhérer au parti fasciste. L'année suivante, il sort Liquidation,  recueil de prose composée après la guerre. En 1928, il vend son premier herbier à Stockholm (recueil décrivant le règne végétal). Après de nombreux voyages à l'étranger, en 1933 Sbarbaro a commencé à écrire pour le  Journal du Peuple  de Turin. 

    La Seconde Guerre mondiale apporte la destruction et la mort partout, et quand Gênes, le 9 Février 1941, est frappé par un violent bombardement, le poète trouve refuge dans la petite ville de Spotorno avec sa tante et sa sœur,  jusqu'en 1945. Pendant ces quatre années, il se consacre à une  prolifique activité de traduction du grec classique ainsi que des oeuvres d'auteurs français : Stendhal, Flaubert, Balzac, Zola. 

    Enfin, il s'installe définitivement à Spotorno en 1951. Il travaille alors avec de nombreux magazines, influents dont  Atelier, Littérature, The Literary Salon  et  Le Monde.  En 1955, il publie des inventaires, dernier recueil de poèmes et dans la dernière décennie de sa vie Sbarbaro écrit plusieurs volumes de prose.

     

    Fatigué, et en mauvaise santé, après une longue existence tout à fait timide et isolée, le poète est admis à l'hôpital de S. Paolo Savona, où il s'éteint le 31 Octobre 1967.

     

    Camillo Sbarbaro (12 janvier 1888-31 octobre 1967)

     

     Camillo Sbarbaro est aussi un poète de l'amour... Dans le recueil "Rémanences" qui date de 1955 nous pouvons lire les poèmes à Dina, qui sont selon Giuseppe Conte "les plus beaux poèmes d'amour écrits en langue italienne depuis le début du siècle"...

     

    "Et ma vie, si tu savais ce qu'elle fut, amour, avant de te connaître..."

     

    "Ora che sei venuta, / che con paso de danza / sei entrata nella mia vita

    quasi folata in una stanza chiusa -

    a festegigarti, bene tanto atteso,

    le parole mi mancano e la voce

    e tacerti vicino già mi basta.

     

    Camillo Sbarbaro (Rimanenze) 

     

    "Maintenant que tu es venue, / que sur un pas de danse / tu es entrée dans ma vie

    comme un coup de vent dans une chambre close -

    pour te fêter, bonheur si longtemps attendu,

    les mots me manquent, et la voix,

    et le silence auprès de toi me suffit."

     

     

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  • Commentaires

    10
    Mardi 10 Janvier 2017 à 11:23

    Ravi de cette belle découverte! Merci, merci!

    Bonne journée chal-heureuse et lumineuse!

    9
    Dimanche 11 Janvier 2015 à 11:36

    @Francesco : oui, il me semblait très important d'évoquer le travail de Camillo concernant les lichens, cela disait beaucoup à propos de sa personnalité... de sa volonté d'honorer ainsi "l'arrogance de la vie", la volonté d'exister envers et contre tout, (un peu comme tes petites brindilles vertes au bord du minéral noir de ton billet "Bee"... au bord du Noir, il y a le Vert, le Vert que je veux et que j'aime (comme Lorca) 

    8
    Dimanche 11 Janvier 2015 à 10:53

    Un "portrait" très beau et touchant de Camillo Sbarbaro, j'apprécie profondément l'amour et la passion dont tes billets sont imbibés, quand tu nous parle de ces grands poètes peu connus, ou quand même, jamais assez connus… Tu traces la un cadre qui donne à Camillo Sbarbaro, la dimension qu'il mérite, avec une simplicité qui est le reflet parfait de son oeuvre… 

    PS. Un petit détail, qui peut sembler insignifiant, m'a toujours touché dans le cadre caractériel de la vie de ce poète: sa passion profonde pour les "lichens", ces organismes botaniques (dont tu parles),  apparemment si humbles, pauvres et insignifiants qui ont une grande affinité symbolique avec son oeuvre et avec sa vie... 

    "…quel che in essi mi commuove è la prepotenza delle vita… gli inconspicui e negletti licheni, a salutarli a vista per nome, pare di aiutarli a esistere…" (Camillo Sbarbaro). 

    Merci Eva pour ce billet précieux.

    7
    Samedi 10 Janvier 2015 à 18:53

    C'est vrai, on se retrouve un peu dans ses mots...je ne connaissais pas , merci Eva , un beau billet

    Je t'embrasse

    6
    Samedi 10 Janvier 2015 à 17:59

    Bonjour

    Je ne connaissais pas ce très grand homme,mais tu as comblé mes lacunes!

    Merci!

    Bisous

    5
    Samedi 10 Janvier 2015 à 12:11

    Henri-Pierre, Myrto, Camillo a été d'un grand secours pour moi ces derniers jours.... Rentrer dans la coquille de la poésie est une grande consolation (pas un remède, mais une consolation...)

    4
    Samedi 10 Janvier 2015 à 09:54
    Henri-pierre

    Encore une découverte, merci Eva

    3
    Samedi 10 Janvier 2015 à 01:46

    Oh être un escargot, voilà la solution pour s'abstraire quand tout va trop fort. C'est troublant de trouver un peu de soi dans ce que dit le poète. Douce nuit Eva

    2
    Vendredi 9 Janvier 2015 à 21:14

    Tu vois Dan, à mesure que je préparais mon billet, je me sentais de plus en plus proche de lui : je me sens tellement étrangère parfois au milieu des autres, un peu comme une nana qui regarde passer un train dans lequel elle ne montera jamais... La poésie de Sbarbaro n'est jamais abstraite, elliptique, amidonnée... Il écrit des mots simples, pour exprimer des émotions simples... J'ai adoré ! J'ai eu un peu de mal parce qu'il n'y a pas beaucoup de poèmes traduits sur le net, mais j'ai eu beaucoup d'émotion à le découvrir. Bonne soirée Dan 

    1
    DAN
    Vendredi 9 Janvier 2015 à 20:16

     

    Merci Éva pour cet excellent billet m'apprends ce que fut cet homme, sa poésie me semble être à la portée d'un non connaisseur comme moi.

     

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