• Fascination pour l'inachevé

    La fascination pour l'inachevé...

     

     

    Alors la princesse Nausicaa dit à Ulysse : 

      

    « Je suis la colline et le ciel, la mer et le rocher, la voile et l’écume, 

    Je suis cette partie de l’univers qui s’offre et se dérobe, 

    Ta part d’ombre et de lumière, 

    Cette part de toi que tu redoutes et qui t’attire, loin d’Ithaque et de Pénélope, 

    Cette part de toi que tu veux ignorer mais qui existe malgré tout, 

    En filigrane, une ombre dansante, absurde et fugitive, démente et légère, 

    Puissante, inaliénable, nécessaire… 

    Tour à tour élixir, alcool, poison, drogue interdite, et baume secret.  

    Je te tiens par les chevilles, et par les yeux, tu es mon prisonnier un instant, 

    Un instant et pour toujours… » 

     

     

    Ulysse ressassait ce souvenir lointain…

    Il ne lui restait plus que sa fascination pour l’inachevé…

    Le lent goutte à goutte des émotions tièdes, avait remplacé la brûlure et l’éblouissement des passions fulgurantes…

    Dire ou se taire, quelle différence ? Il était vieux à présent, et ses fredaines n’intéressaient plus personne, pas même Pénélope qui avait jeté son ouvrage aux orties…

    Ulysse avait mis très longtemps à guérir de tout… Il n’entendait plus désormais son vieux chien aboyer en rêve :  Argos était définitivement mort, son seul ami, son seul fidèle avait renoncé à hanter son sommeil.

    Calypso, Nausicaa, Circé… Avaient-elles seulement existé ? Leur image estompée, irréelle, avait disparu pareillement, devant les sourcils froncés de la Reine…  Ulysse était entré dans un brouillard épais que rien ne pouvait plus disperser et le chatoiement de ses rêves avait pâli au fil du temps.

    Ni le souvenir de ses amours tumultueuses, ni les émotions violentes des navigations risquées, ni la véhémence de sa colère face aux trahisons filiales : rien ne pouvait plus l’émouvoir : il était vieux et fatigué, il n’avait point de regret, ni de désir, il n’avait plus faim, il n’avait plus rien… Il s’enfonçait lentement dans ce Rien cotonneux où faute de trouver la paix, il découvrait l’indifférence… la douce indifférence…

    Ulysse avait pris pour maîtresse la sœur du renoncement : elle s’était imposée à lui insidieusement et partageait sa couche d’une façon scandaleuse… Non la vieillesse n’était point la Sagesse pour Ulysse, mais l’abandon de la part de lui-même qui faisait l’essentiel de lui-même : le Rêve…

     

                                                                                                           eva © 25 novembre2014

     

    Fascination pour l'inachevé

     

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  • Commentaires

    11
    Mardi 2 Décembre 2014 à 21:50

    Je passe te lire et je voyage...

    Bonne fin de soirée. 

    10
    Samedi 29 Novembre 2014 à 09:22

    ça me touche vraiment ce que tu m'écris Myrto...

    9
    Samedi 29 Novembre 2014 à 00:49

    A travers ton texte sur l'inoubliable Ulysse j'ai vu le visage de mon vieux père et surtout j'ai retrouvé ce que j'ai pu observer, percevoir et comprendre de lui si malheureux de devoir abandonner jusqu'à son dernier rêve.

    Douce nuit à toi.

    8
    Mercredi 26 Novembre 2014 à 18:44

    In-fini et imparfait, dans ces deux mots vivent la beauté, l'amour et la vie…. 

    7
    Mercredi 26 Novembre 2014 à 18:04

    Bonsoir, j'adore la première photo elle est sublime, bonne soirée !

    6
    Mercredi 26 Novembre 2014 à 08:20

    Oui Henri-Pierre, Ulysse ne me quitte pas, je rêve avec lui, je vogue avec lui, je vieillis avec lui... Il EST ma faim d'infini...

    5
    Mercredi 26 Novembre 2014 à 07:57
    Henri-Pierre

    Le non-fini.

    L'in-fini...

    J'aime que tu sois revenue à Ulysse, comme "au début". Te souvient-il ?

    4
    Mercredi 26 Novembre 2014 à 06:44

    Pauvre Ulysse ! l'a bien besoin d'une cure de jouvence.... Dan, Christian, Monique, merci pour lui !

    3
    Mardi 25 Novembre 2014 à 23:14

    c'est vrai que parfois on a envie de renoncer...

    2
    DAN
    Mardi 25 Novembre 2014 à 22:53

     

    Ce texte éveille en moi un sentiment bizarre d'anticipation, je ne suis pas «encore» trop vieux, mais je sens tout de même que cette perception de la réalité s'approche à grand pas de moi certains jours. Pas gai tout ça mais comment y échapper ?

     

    1
    Mardi 25 Novembre 2014 à 18:55

    C'est bien que la pluie qui tombe actuellement

    A bientôt

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