• La Sicile et les Siciliens...

     

    Siciliens 

     

    "Les Siciliens ont leur île dans le sang, et tout autant leur mer. Ou plutôt leurs trois mers, tyrrhénienne, ionienne et méditerranéenne. Ici, on est un seigneur du large, on vénère son bateau, qu'on façonne et décore. Et la pêche est une fête, avec sa liturgie et sa geste : madrague des thons à Favignana ou à Mazara del Vallo, harponnage des espadons à Messine, palangre à Vendicari. Autant d'arts qu'enseignèrent les envahisseurs successifs : Grecs, Romains, Sarrasins, Normands, Espagnols et Piémontais.

     

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    Malgré tous ces conquérants, les Siciliens sont restés eux-mêmes, Siciliens, pas Italiens. Uniques. Comme si leur terre aux trois volcans pouvaient seule forger leur âme. A l'étranger, leur amour pour le pays décuple. Quelle montagne rivaliserait avec l'Etna ? Quel volcan avec le Stromboli ? Pourquoi aller visiter les vestiges des grandes civilisations ? Elles sont toutes venues ici ! Syracuse, Agrigente et Sélinonte racontent, à domicile, les mythes grecs. Existe-t-il beauté plus romaine que la villa del Casale ? Les Sarrasins n'ont-ils pas apporté palais, jardins et fontaines ? Où, mieux qu'à Cefalu ou Monreale, les Normands ont-ils manifesté leur génie ? 

     

    Siciliens 1 

     

    Pour les enfants des six millions de Siciliens émigrés, l'île est terre promise. Lorsque l'un d'eux revient, l'épisode du fils prodigue se rejoue dans la maison, dans le quartier, dans le village. La terre de Sicile oblige. De l'île on est cousin, du village frère. [...]

     

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    Si la Sicile est la terre des Siciliens, la famille est leur patrie. Aucune autorité ne la surpasse. On respecte son chef, on vénère la mamma, objet d'un culte sacré, le "mammismo". Décliner l'invitation au baptême de l'arrière-neveu ou au mariage de la lointaine cousine, même si on habite New York ou Buenos Aires, fait figure d'offense. L'honneur de la famille exige aussi de la prestance : le "fare bella figura". Qui a son lieu d'expression, la passeggiata -promenade du soir. Et  ses consécrations : baptêmes, communions, mariages, enterrements surtout. En Sicile, les cimetières sont plus soignés que les villages...

     

    Siciliens 2 

     

    Sur l'île enfin, les maisons sont conçues pour recevoir. Dans les campagnes, la porte s'ouvre toujours sur la table. Le vin et l'huile d'olive, toujours du jardin, y sont à portée de main. La vigne et l'olivier, mais aussi les amandiers à Agrigente, l'ail à Trecastagni ou le blé à Enna sont cultivés comme des trésors et plantés pour les petits enfants.

     

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    Mais sans les saints, ni semailles ni moissons ! Eux seuls ont protégé la population, quand les rois et les nobles l'avaient abandonnée. Sainte Rosalie sauva Palerme de la peste, sainte Agathe Catane de la lave, et sainte Lucie Syracuse de la famine. On les adule, on leur baise la main ou les pieds, on leur chuchote ses secrets, on leur demande d'intercéder. Les saints sont les vrais parrains des Siciliens."

     

    Christine Rancé (Geo Juin 2008)

     

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    photos eva, juin 2011

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  • Commentaires

    27
    Dimanche 28 Août 2011 à 21:44

    La plupart des articles de Geo sont de grandes qualités, toujours très documentés mais aussi toujours très bien écrits. Quand j'ai relu cet article, les images ont surgi d'elles-mêmes de mes fichiers...

    26
    Dimanche 28 Août 2011 à 16:21
    Mariage d'un peuple et de son environnement, syncrétisme de diversrs influences qui font la richesse d'une culture et un si beau texte.
    Un régal, merci Eva
    25
    Dimanche 21 Août 2011 à 11:32

    Dans les pays du Sud, le lieu d'expression est bien sûr le paseo, la promenade du soir : on se pavane, on montre ses toilettes, son train de vie, ses bijoux, ses amours, ses amis... c'est très méditerranéen tout ça !

    24
    Dimanche 21 Août 2011 à 11:29

    Je te remercie Jacqueline... Je n'ai pas voulu extrapoler mais, j'aurais pu répondre aussi que le degré de corruption partout, est une pratique mafieuse aussi, et quelque soit le degré... 

    23
    Dimanche 21 Août 2011 à 11:27

    C'est à la fois très sympathique, mais ce doit être étouffant !

    22
    Dimanche 21 Août 2011 à 02:27
    Un endroit de la planète où les valeurs familiales et humaines semblent préservées du chaos.
    21
    Samedi 20 Août 2011 à 22:30
    j'ai beaucoup aimé tes réponses!! La Mafia existe partout où une partie de la population essaye de voler et exploiter le reste du pays! Tu as bien fait aussi de souligner par cet extrait l'unicité de cette ile. Elle était au coeur des échanges commerciaux de la Méditerranée et elle a connu la gloire. Mais ses somptueux vestiges sont là pour nous le rappeler!!! Merci Eva
    20
    Samedi 20 Août 2011 à 16:14
    "le lieu d'expression est la promenade du soir", c'est très beau cela. Bises à vous Eva est bonne fin de journée. Dominique
    19
    Vendredi 19 Août 2011 à 22:00

    Nous avons ramené une bouteille de Marsala rouge, et une bouteille de blanc (dont le goût rappelle un peu le muscat...)

    18
    Vendredi 19 Août 2011 à 21:45

    Vois-tu, je ne savais pas comment faire sentir cela : cet enthousiasme qui me gagnait au fil du voyage... Seul un guide local profondément amoureux de son pays peut communiquer cette passion... Je voulais faire partager cela sur le blog... Mais les mots me manquaient... Et puis, j'ai relu ce vieux Geo de 2008 qui parlait si bien des Siciliens, et lisant cet article, les photos sont venues d'elles-mêmes... 

    En ce qui concerne la renaissance des régions, il me semble qu'elle remonte déjà à plusieurs dizaines d'années : je me souviens très bien des bals occitans sur les places des villages (1975-1980) de vrais bals populaires : ceux qui savaient entraînaient les autres au son du violon et de l'accordéon diatonique... Un vrai partage simple de joies simples, tout se faisait sans façon, ensuite se sont développées les écoles d'été occitanes dans la région de mon mari, puis le bilinguisme à l'école maternelle... Tout était prétexte à épanouissement... 

    17
    Vendredi 19 Août 2011 à 19:57
    Quel régal de voyager avec toi! Je suis conquise.
    Au sujet de la remarque de Benissa. Je crois que l'on a assisté ces dernières années à la renaissance de la culture populaire des régions. Dans le Sud les carnavals fleurissent de partout, les fêtes taurines se multiplient et même les sports tombés en désuétude comme le tambourin refont surface. Itou les processions: celle de Saint-Roch, patron des pèlerins fait fureur à Montpellier. Ceci à cause des effets conjugués de la demande touristique et de la mondialisation...
    16
    Vendredi 19 Août 2011 à 17:17
    et là-bas un marsala porte mon nom
    15
    Vendredi 19 Août 2011 à 15:15

    Ainsi tu as eu un Sicilien ? Super Nelly !

    14
    Vendredi 19 Août 2011 à 15:14

    Tes mots si gentils me vont droit au coeur Jean-Luc. Je t'embrasse très fort.

    13
    Vendredi 19 Août 2011 à 15:14

    oh Michel, je suis si heureuse de vous faire plaisir... J'ai tant aimé la Sicile, et l'entrain des Siciliens, leur fierté naïve d'appartenir à un monde si rayonnant, si lumineux, leur assurance candide d'être les meilleurs, les plus beaux, et d'habiter un univers tellement... tellement "si" ! Je vous embrasse Michel, de tout mon coeur...

    12
    Vendredi 19 Août 2011 à 14:42
    Mamma mia... l'île de mes origines paternelles. Ce reportage, car c'en est un me ravit, m'enchante et me berce. Merci, chère Eva.
    Michel
    11
    Vendredi 19 Août 2011 à 13:53
    Un superbe reportage sur la bouillonnante Sicile. Le tout agrémenté de photos à la couleur et à l'humeur toute sicilienne ! On plonge dans l'ambiance en toute facilité. C'est à cela qu'on reconnait un billet réussi
    Bises Eva et merci
    10
    Vendredi 19 Août 2011 à 13:09
    là, j'entends et je revois "mon" sicilien, Carlos ... les yeux tournés vers l'horizon qui chantait sa Sicile et en parlait avec tellement d'amour avec ses quelques mots de français ....
    belle journée eva, bisous
    Nelly
    9
    Vendredi 19 Août 2011 à 13:04

    En France, les minorités régionalistes se défendent bien ! (N'y a-t-il pas des options de langues régionales au bac ?) Pour les autres, que veux-tu, ils n'ont qu'une seule idée : ressembler le plus possible aux Américains... Quand on sera comme eux, il sera trop tard pour revenir en arrière...

    8
    Vendredi 19 Août 2011 à 13:02

    Merci Benissa, je ferai la même chose...

    7
    Vendredi 19 Août 2011 à 13:02

    Il y a à Palerme, un monument érigés en mémoire des morts qui ont lutté contre la mafia. L'endroit même de l'attentat contre le juge Falcone est toujours signalé. La Sicile n'est pas le seul pays en lutte contre une mafia : une mafia ne sévit-elle pas à Marseille ? à Naples ? en Russie ? en Corse ?... Les Siciliens sont les premières victimes de cet état de fait.

    6
    Vendredi 19 Août 2011 à 10:43
    Tout ça c'est bien beau, mais les mafieux existent toujours je pense et rien que pour ça je n'aimerais pas habiter ni la Sicile ni l'Italie. Bisous chère Eva, bien que tu nous tentes avec tes belles photos.
    5
    Vendredi 19 Août 2011 à 09:52
    J'ai oublié: je viens de publier mon dernier article sur Agrigente avec les liens vers ton blog. Bonne journée.
    4
    Vendredi 19 Août 2011 à 09:51
    C'est tout à fait çà! bien vu et bien décrit. On le ressent dans les contacts que l'on peut avoir, même avec le pizzaïolo du coin!
    Je fais ce constat chaque fois que je voyage et que j'apprécie le particularisme de chaque pays, de chaque peuple.
    Bien que l'ouverture aux autres soit une qualité, pourquoi cherchons nous, nous en France à effacer toute tradition, toute notion d'héritage culturel etc sous prétexte de ne froisser personne...
    Quel sera l'intérêt de voyager, d'aller à la rencontre des autres, chez eux ou chez nous si nous renions ce qui fait notre identité?
    3
    DAN
    Vendredi 19 Août 2011 à 08:51
    oooh mais je te crois Eva, mon commentaire ne se voulait pas critique vis-a-vis de ton article ni des Sicilieins, bien au contraire, c'est tout simplement un constat que les siciliens sont attaché à leur culture et patrimoine et ils ont mille fois raison dans ce siècle de mondialisation !
    2
    Vendredi 19 Août 2011 à 08:38

    Le texte très bien écrit provient d'un Géo de 2008 (auteur mentionné en bas d'article) et je te jure que j'ai perçu les Siciliens de cette façon... Rien n'est exagéré... et pour le guide sicilien lui-même, son pays est le plus beau du monde, l'huile d'olive est la meilleure, les mers sont les plus bleues, et le ciel... ah le ciel ! Il parlait de la cuisine et des saveurs comme d'une chose essentielle et naturelle, de l'éloignement dans sa jeunesse comme quelque chose de douloureux, et de son incapacité à vivre longtemps loin de son île... Il nous a parlé de l'esprit de clan qui règne dans chaque famille, et de l'orgueil de chaque sicilien qui l'oblige à faire toujours mieux que son voisin... J'ai vu la campagne traversée d'une propreté exemplaire, travaillée méticuleusement avec amour... Je te jure, c'est vraiment comme ça ! (et je ne parle même pas des saints et saintes qui protègent la Sicile, et pour lesquels nous avons eu droit aux visites détaillées !!!) 

    1
    DAN
    Vendredi 19 Août 2011 à 08:31
    On a un peu l'impression que tu nous joue un épisode du "Parrain" là, c'est toute la Sicile ça !
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