• Le tablier de ma mère (Simon Hantaï)

     

    Le tablier de ma mère (Simon Hantaï)

     

    Sur cette photo de sa mère qui date de 1920, on voit distinctement le tablier. Simon Hantaï n'est pas encore né. La jeune Anna n'est pas encore mariée. Etrange tablier noir ou indigo, ciré, sans âge, comme une momie. Après la mort de sa mère (après 1963), Hantaï le recevra de Hongrie, il le lavera, le pliera, le sèchera, l'enroulera sur un rouleau de bois. En 1976, lors de sa grande exposition rétrospective du MNAM, il se dérobera à tout récit biographique qu'il remplacera par deux photos : celle de sa mère - avant sa naissance - et celle d'un grand tableau - avant son dépliage. Déjà, en 1960, il pliait, dépliait, dédoublait, multipliait les tissus. Il faisait revenir le temps d'avant, le tablier de la mémoire, comme présent réminiscent. "Tout de suite après l'Ecriture rose, j'ai été pris par le pli, j'ai pris le pli, le pli m'a repris". Le pli protège la femme dans sa féminité, c'est un plimen comme dit Hélène Cixous, un hymen. Le tablier devient table, tablette, tableau, tabula.

     

    Ce qui me reste de ma mère, dit-il. Elle repassait son tablier jusqu'à ce qu'il brille, jusqu'à ce qu'on puisse s'y voir comme dans un miroir. C'était magique. Par ses pliages, le fils voudra faire revivre cette magie.

     

    (source Idixa)

     

     

    « L'espérance folle...Ninì, lovely little girl ! »

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  • Commentaires

    4
    Samedi 15 Février à 16:51

    Un tablier glacé, impeccable, plus symbole de la condition féminine intendante du foyer que vêtement de protection

      • Samedi 15 Février à 18:07

        Tu as raison Henri-Pierre, mais ce qui m'a émue dans le rapport du peintre à cette photo, c'est le souvenir matérialisé de cette Mère... bien avant qu'elle soit mère... Ce qui est particulièrement touchant, c'est la relation singulière du peintre à sa Mère par le biais d'un tablier "glacé"... Dans la pratique de son art, "il faisait revenir le temps d'avant, le tablier de la mémoire comme présent réminiscent"... Tu imagines un peu pour moi, qui ne sait que copier bêtement (avec plus ou moins de talent), tu imagines un peu ce que représente cette créativité née de l'amour filial... Souvent je me demande ce que je laisserai de moi à mes fils... Au moins un sourire j'espère, un rire, un moment de joie... Tu vois, ce qui m'intéresse par dessus tout, c'est le cheminement de l'artiste (des artistes), et Hantaï m'a bouleversée...

    3
    Jean-François
    Mardi 28 Janvier à 17:45

    Un bel article, bien documenté. Incidemment, dans le grand dictionnaire de l'art contemporain, il semble que nous en soyons à la lettre H car après deux visites à la belle rétrospective qui lui est consacrée au MAM, je prépare un article sur Hans Hartung... Ses derniers grands formats sont absolument fabuleux !

      • Mercredi 29 Janvier à 09:42

        Alors, j'attends impatiemment ton Hans Hartung, Jean-François ! smile

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