• Par la beauté nominative

     

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    Par la beauté nominative

    que vous avez, et la grande valeur,

    dame, de prix génitive, 

    il pense mal de ma douleur

    qui croit que vous me serez dative,

    Belle, de vos hauts mérites,

    puisque vous ne m'êtes pas accusative

    sur conseil d'accusateur.

     

    Et si moi, Belle, j'ai de valeur assez

    pour que nous soyons tous les deux conjonctifs

    et que nos fermes coeurs soient optatifs,

    alors je n'apprécierai pas la valeur d'un ail

    ceux qui, de volonté active,

    me plongent dans la détresse

    et mettent leurs efforts afin que disjonctive

    soit notre pur amour.

     

    Renommée est indicative

    que joie vient après douleur :

    et c'est pourquoi mon coeur s'en substantive

    tant que mon mal en est moindre ; 

    et quand seront copulatives

    et bien prisées nos amours,

    elles ne seront plus jamais de mal passives.

    Je dis vrai - de quoi aurais-je peur ?

     

    Et puisque vous êtes nominative,

    je voudrais avoir un génitif

    de vous, qui êtes impérative.

     

    ANONYME

    Grammaire érotique, XIIIe siècle.

    « Jorge SemprunBleu est entré dans ma maison... »

  • Commentaires

    18
    Samedi 11 Juin 2011 à 16:29

    Ma bibliothèque est pleine de ces friandises ! (celles-ci et bien d'autres)

    17
    Samedi 11 Juin 2011 à 16:27

    Pour être radical et direct, ça l'est ! La vie est toujours si courte... Pourquoi faire des manières ? Quand les deux sont d'accord, c'est si bon et ça ne coûte rien !

    16
    Samedi 11 Juin 2011 à 08:46
    Un joli moment de partage, merci pour la découverte Eva je te souhaite un excellent we de Pentecôte @ bientôt
    15
    Vendredi 10 Juin 2011 à 21:50
    Voilà une dame non conformiste, qui se fiche pas mal des classes et de la bienséance. Elle sait ce qu'elle veut ! Il est vrai que le désir qui brûlant fait sauter les carcans les plus rigides...
    Mais où es-tu allée nous dégoter cette perle? :-))
    14
    Vendredi 10 Juin 2011 à 21:24
    Bien tourné ce poème coquin !
    13
    Vendredi 10 Juin 2011 à 20:25
    Langage châtié et pourtant si imagé. L'absence d'article par instant rend le discours absolument charmant, parfois radical et direct, mais toujours savoureux.
    Merci Eva pour cette petite perle...
    Michel
    12
    Vendredi 10 Juin 2011 à 20:12

    bienvenu !

    11
    Vendredi 10 Juin 2011 à 20:11

    Oui, c'est une belle langue....

    10
    Vendredi 10 Juin 2011 à 20:10

    Bravooooooooooo !

    9
    Vendredi 10 Juin 2011 à 19:41
    Cette image copulative
    ne laisse aucune alternative
    à mon, âme de détective
    Il y a une relation é et a-ffective
    qui ne saurait être fictive!
    Je me suis bien amusée...
    8
    Vendredi 10 Juin 2011 à 17:44
    Tout à fait savoureux cette langue (si j'ose dire !) Bises à vous et bonne fin de journée. Dominique
    7
    Vendredi 10 Juin 2011 à 16:31
    toujours plein d ebeauté chez toi,me voici de retour
    6
    Vendredi 10 Juin 2011 à 14:45

    Je me demande bien comment on pourrait dire la même chose par texto... Je vais creuser ça...

    5
    Vendredi 10 Juin 2011 à 14:44

    Il faut surtout se laisser porter par les mots et l'ambivalence du discours...

    4
    Vendredi 10 Juin 2011 à 14:42

    Sans être latiniste ni agrégée de grammaire, je me suis laissée séduire par la musique des mots, et le double-sens malicieux de certains... Et puis, pour couronner le tout, j'ai choisi cette illustration, malicieuse elle-aussi, où l'expression des visages est assez en contradiction avec le discours poétique... La dame (qui a lu probablement le billet la veille) doit être assez stupéfaite d'être déjà entre les bras de ce monsieur si distingué qui est loin (au moment présent) d'être concentré uniquement sur les mots... Le Moyen-Age ne fut pas une époque d'austérité pour tout le monde...(pas plus que le 21eS. !)

    3
    Vendredi 10 Juin 2011 à 09:30
    C'est du beau françois, maintenant les temps ont bien changé et l'écriture aussi ! Bisous Eva, donne nous encore des écrits érotiques !!!
    2
    Vendredi 10 Juin 2011 à 09:21
    Quelle belle langue, riche et intelligente, primesautière et profonde.
    Qu'on vienne ensuite encore nous dire que le Moyen-Âge fut époque d'austérité.
    1
    DAN
    Vendredi 10 Juin 2011 à 08:53
    Un texte du XIIIe siècle un peu hermétique, mais c'est normal vu l'âge de cet écrit !
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