• Poème pour une Algérie heureuse (Assia Djebar)

     

    Vue-de-la-Grande-Kabylie-depuis-les-cimes-du-Djurdjura--Alg.jpg

     

    Neiges dans le Djurdjura

    Pièges d'alouette à Tikjda

    Des olivettes aux Ouadhias

    On me fouette à Azazga

    Un chevreau court sur la Hodna

    Des chevaux fuient de Mechria

    Un chameau rêve à Ghardaïa

    Et mes sanglots à Djemila

    Le grillon chante à Mansourah

    Un faucon vole sur Mascara

    Tisons ardents à Bou-Hanifia

    Pas de pardon aux Kelaa

    Des sycomores à Tipaza

    Une hyène sort à Mazouna

    Le bourreau dort à Miliana

    Bientôt ma mort à Zemoura

    Une brebis à Nedroma

    Et un ami tout près d'Oudja

    Des cris de nuit à Maghnia

    Mon agonie à Saïda

    La corde au cou à Frenda

    Sur les genoux à Oued-Fodda

    Dans les cailloux de Djelfa

    La proie des loups à M'sila

    Beauté des jasmins à Kolea

    Roses de jardins de Blida

    Sur le chemin de Mouzaïa

    Je meurs de faim à Medea

    Un ruisseau sec à Chellela

    Sombre fléau à Medjana

    Une gorgée d'eau à Bou-Saada

    Et mon tombeau au Sahara

    Puis c'est l'alarme à Tebessa

    Les yeux sans larmes à Mila

    Quel vacarme à Aïn-Sefra

    On prend les armes à Guelma

    L'éclat du jour à Khenchla

    Un attentat à Biskra

    Des soldats au Nementcha

    Dernier combat à Batna

    Neiges dans le Djurdjura

    Pièges d'alouette à Tikjda

    Des olivettes aux Ouadhias

    Un air de fête au coeur d'El Djazira.

     

    Assia Djebar de l'Academie Francaise

    "J'écris comme tant d'autres femmes algériennes avec un sentiment d'urgence, contre la régression et la misogynie. " 

     

     

    Vue_d_Ain_Sefra-_AlgerieDenis-Daggett.jpg

     

    photos wikipedia : n°1 : Vue de la Grande Kabylie depuis les cimes du Djurdjura (auteur Yelles)

    photo n°2 : Vue d'Aïn-Sefra (auteur Denis Dagget)

    « Lucio Fontana (1899-1968)Agrigente, la Vallée des Temples »

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  • Commentaires

    23
    Jeudi 12 Février 2015 à 09:54

    @Francesco : "et quand même..." oui, quand même, qu'elles n'oublient jamais, au nom de leurs droits des femmes, leurs devoirs, obligations de piliers de la famille... 

    22
    Mercredi 11 Février 2015 à 21:48

    Superbe tout ceci

    A bientôt

    21
    Mercredi 11 Février 2015 à 07:58

    Un billet important Eva, dédié à un pays merveilleux comme l'Algérie. Merci de nous offrir ce poème si fort, doux et profond de Assia Djebar. J'en suis touché. 

    J'apprécie et je bois avidement les "mot-lumière" de Bachir!

    PS. Les femmes quoi que l'on dise, sont les pilastres de la société, sans les quels tout s'écroulerait, depuis toujours, et quand même….

     

    20
    Mardi 10 Février 2015 à 12:12

    @Photoem : La citation est extraite de son roman "L'amour, la fantasia" dont le premier chapitre intitulé FILLETTE ARABE ALLANT POUR LA PREMIERE FOIS A L'ECOLE, et qui commence ainsi :

    "Dès le premier jour où une fillette "sort" pour apprendre l'alphabet, les voisins prennent le regard matois de ceux qui s'apitoient, dix ou quinze ans à l'avance : sur le père audacieux, sur le frère inconséquent. Le malheur fondra immanquablement sur eux. Toute vierge savante saura écrire, écrira à coup sûr "la" lettre. Viendra l'heure pour elle où l'amour qui s'écrit est plus dangereux que l'amour séquestré."

    Pour les femmes du Maghreb de cette génération, l'amour, celui du corps n'est jamais nommé. Dans la société maghrébine traditionnelle, l'homme ne nomme jamais son épouse. Djebar exprime, entre autres choses, dans ce livre, combien ECRIRE est important pour les femmes qu'elles représentent :

    "Si elle sait écrire, sa voix en dépit du silence, circule"... circule contre l'obscurantisme et l'ignorance

    19
    Mardi 10 Février 2015 à 11:40

    Eva,

    Les petits dièses lumineux éparpillés au milieu de l’obscurantisme et de l'ignorance vont ils s'éteindre ? Assia Djebar n'y croyait elle plus ?

    Merci pour cet échange.

     

    18
    Mardi 10 Février 2015 à 10:33

    @Dan : en effet en ce moment, je ne voyage plus que de cette façon... hélas !

    17
    Mardi 10 Février 2015 à 10:32

    @ Photoem : en fait, c'est une citation d'Aragon (sortie de son contexte) qui a inspiré la chanson de Jean Ferrat... on peut mettre un bémol à cette citation quand on sait qu'Aragon était sous l'emprise de la Triolet (l'exclusive ! la gardienne du temple !). Cependant, dans le cas précis, tu as raison : la femme est l'avenir du Maghreb, la femme est l'avenir de l'Afrique toute entière... C'est par elle que le glacier de la modernité avance lentement mais inexorablement... En ce qui concerne l'Occident, bémol aussi : je ne suis pas certaine que la femme soit l'avenir de nos sociétés : elle qui ne veut plus enfanter, ou bien qui l'exige à n'importe quel prix... Elle qui fume, qui boit, et délaisse le foyer, plus que de raison... Mais, bon, je sens que je vais me faire étriller par certain(e)s... Merci d'être passé Piero  :-)

     

    16
    Mardi 10 Février 2015 à 10:03

    Bonjour Eva, tu as raison de faire ressurgir ce poème de cette femme qui vient de disparaître. Je te souhaite une bonne semaine. Bises ma belle

    15
    DAN
    Mardi 10 Février 2015 à 10:02

    Je t'imagine assez bien la carte sous les yeux à chercher un lien entre tous ces noms !

    14
    Mardi 10 Février 2015 à 09:45

    Bonjour Eva,

    En apprenant cela, c'est le poème d'Aragon chanté par Jean Ferrat qui s'est mis à tourner dans ma tête. Association d'idées incontrôlées ?

    13
    Mardi 10 Février 2015 à 01:40

    C'était une grande dame. Merci, Eva.

    12
    Lundi 9 Février 2015 à 08:59

    Repose en paix, Madame...

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    11
    Mercredi 15 Mai 2013 à 23:26

    J'ignorais que tu étais aussi liée à l'Algérie Danae. Bises et bonne soirée...

    10
    Mercredi 15 Mai 2013 à 18:40

    donc tu es dans l'avion Henri-Pierre... Bon retour sur Paris 

    9
    Mercredi 15 Mai 2013 à 18:39

    Je t'envie un peu...

    8
    Mercredi 15 Mai 2013 à 18:37
    Pour moi Alger est la terre d'une partie de mes ancêtres (enfin à partir de 1830 !), un oncle qui soignait et aimait ses patients les arabes , mes virées dans le sahara si beau et sublime et maintenant mes regrets de ce qu'il est devenu, une terre d'asile pour les terroristes !Bises ma chère Eva
    7
    Mercredi 15 Mai 2013 à 16:22
    Parenté entre mes paysages d'ici et ce vaste panorama baignant dans ces belles paroles.
    Je quitte Marrakech dans deux heures
    6
    Mercredi 15 Mai 2013 à 15:09
    Annaba, septembre 1965
    5
    Mercredi 15 Mai 2013 à 15:07
    Envie de dire à Bachir, je n'ai rien oublié...

    C'était un printemps 1952, j'avais 8 ans , et je découvrais l'Algérie pour la première fois, c'était à Souk- Haras, après, les balades ont continuées, Alger, Blida, Biskra et les gorges d'El Kantara, Bone, la dernière balade, l'immense plage d'Annaba...oui, Bachir, l'Algérie est très belle !
    Bises Eva
    4
    Mercredi 15 Mai 2013 à 00:10

    Tes mots, Bachir, sont toujours les très bienvenus... Un blog est un lieu d'échange, je ne fais pas le blog que pour moi... Et puis, toi, c'est un peu l'air du large... C'est toi qui donne la saveur et le parfum à tous ces noms cités par Assia Djebar... Visiter l'Algérie, j'en rêve ! Ce n'est pas faute d'oser, non, mais dans la vie, on ne fait pas toujours ce qu'on veut ! En attendant, je voyage par l'imagination. Ne me parle plus jamais de tes lourdeurs terrestres... toi qui a les mots plus légers que le vent du Désert... Je n'ai pas oublié comme tes mots chantaient lorsque tu étais heureux... Merci de venir souvent, et merci de le dire quelquefois!

     Douce nuit Poète de l'Algérie  

    3
    Mardi 14 Mai 2013 à 23:32
    Oui, c'est un peu ça l'Algérie. on ne vit que sur 20% du territoire. Le reste, une terre vierge, une mer vierge, un ciel qu'on oublie de regarder...il y en a de tout. Celui qui la visite n'aura pas les mots pour tout exprimer, il retournera chez lui...autre. je te remercie Eva de me tirer à chaque fois des mes petites stupidités et m'inviter à ce monde de beauté et de rêve. Ne dis pas "Source, je ne boirai jamais de ton eau". Tu visiteras l'Algérie inchallah, il faut tout simplement oser. Enfin, je n'ai pas oublié ton blog, je passe à chaque fois dans ton paradis, en silence, sur la pointe des pieds pour ne pas éveiller les anges et les agacer de mes lourdeurs terrestres. Ne pas déranger les autres est déjà un petit bout de bonheur pour moi. Merci Eva!!!!!
    2
    Lundi 13 Mai 2013 à 07:42

    oui Noëlle ! Je me suis amusée à chercher tous ces noms sur une carte et je voulais la mettre en dessous du poème, mais la carte (wikipedia) était trop petite, elle n'est pas très lisible... Dommage ! Bises Noëlle, bon lundi.

    1
    Dimanche 12 Mai 2013 à 22:05
    Magnifique !
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