• Perspective...

     

    Sa voix était douce, soyeuse, et son accent de nulle part : elle prononçait toutes les syllabes, avec une intonation gourmande, à peine chantante,  faisant à peine danser les mots à son oreille...

     

    Elle lui dit alors :

    "Tu aimes l'impressionnisme, que l'on contemple avec émerveillement en clignant des paupières pour faire vibrer la lumière, tu aimes Monet que j'aime aussi, mais je vais t'apprendre le surréalisme... Regarde bien...

    Tu vois ce tableau, tu vois cette allée ombragée ? C'est ici que l'on se quitte..."

     

    Alors, elle lui donna un baiser citron, un baiser loukoum, le dernier...

     

    Et lui, tout interdit de surprise, avant qu'il ait pu faire un geste, il la vit franchir le cadre du tableau, et s'éloigner dans l'allée bordée d'arbres frémissants... Elle s'éloignait lentement sans se retourner, elle s'éloignait vers l'enfant qu'elle n'avait jamais été, elle s'éloignait avec ses rêves à lui et ses douceurs cruelles, elle s'éloignait pour ne plus devenir qu'un point à l'horizon... Un tout petit point, celui qu'on désigne dans la règle de la Perspective par "point de fuite"... Et il se souvint brusquement qu'elle avait dit qu'en amour, la seule victoire était la fuite...

     

    eva, le 12 janvier 2016

     


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  • André Vernet et Jacques Prévert

     

     

    "Nous sommes sur le pont

    Figurants d'une énigme

    Oublieux du péril et faisant

    Parfois des gestes dangereux

    Nous regardons les étoiles

    Elles nous rassurent

    Et nous repartons

    Tranquilles

    Entre les deux parenthèses 

    D'un cataclysme"

    André Verdet

     

    Collage de Jacques Prévert

    (Musée de Cordes sur Ciel)

    André Verdet

    lire aussi chez mon amie Noëlle :

     http://nono.hautetfort.com/archive/2013/02/18/andre.html


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    Birthday (1942, autoportrait)

    huile sur toile (Philadelphia Museum of Art)

     

     

    "Au début, il n'y avait qu'un seul tableau, un autoportrait. Une toile de taille modeste au regard des standards actuels. Mais elle remplissait tout mon studio de New-York, une pièce située à l'arrière de mon appartement, comme si elle avait toujours été là. D'un certain point de vue, le tableau racontait le lieu : j'avais été frappée un jour, par la multitude fascinante de portes - hall, cuisine, salle de bains, studio - ainsi regroupées, attirant mon attention avec leurs plans antiques, leur lumière, leurs ombres, leurs ouvertures et leurs fermetures imminentes. C'était la période de Noël et Max (Ernst) fut mon cadeau de Noël. Il neigeait dur lorsqu'il sonna à la porte. Il venait choisir des tableaux pour une exposition intitulée "Thirty women", émissaire chargé de dénicher dans les ateliers un bouquet de peintres qui se devaient être jolies et aussi déterminées à être artistes. (...) Nous entrâmes dans l'atelier, sur le chevalet était le portrait inachevé. "Comment allez-vous l'appeler ?" me demanda-t-il. "Je n'ai pas de titre". "Alors vous l'appelerez Birthday". Cela s'est passé comme ça." (Dorothea Tanning in Between Lives, An artist and her world)

     

    Max Ernst était envoyé ce jour-là par Peggy Guggenheim, collectionneuse américaine, mécène excentrique qu'il venait juste d'épouser. Quand Max a vu Birthday, il est resté médusé devant son invention formelle, les portes qui ne s'ouvriront jamais, ne se fermeront jamais, Il a quitté Peggy pour s'installer avec Dorothea qui était d'une grande beauté. Longtemps Peggy Guggenheim en gardera rancune et dira à propos de ces Thirty women : "Il y a une peintre de trop"

     

    Dorothea Tanning forma avec Max Ernst le couple le plus extraordinaire du surréalisme. Il partagèrent 34 années de vie d'artiste, de l'Arizona à la France, de Paris à la Touraine et en Provence, jusqu'à la mort de Max Ernst en 1976.   

     

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    Meret Oppenheim, née en 1913 à Berlin, passe la Première Guerre mondiale en Suisse. En 1932 elle se rend à Paris où elle fait la connaissance des surréalistes qui l'acceptent dans leur cercle. Elle est surtout liée à Max Ernst et Giacometti. Dès 1933 elle fait des dessins conceptuels, où des tracés mécaniques s'imbriquent dans des formes qui rappellent l'écriture automatique. Quelques années plus tard, elle exécute des projets de meubles, d'habits et de bijoux fantastiques.

     

    Avec Oppenheim, apparaît une nouvelle application du principe du collage, par la réunion d'éléments étranges et disparates qui forment une entité surprenante. L'exemple le plus célèbre est le Déjeuner en fourrure de 1936 qui, à peine achevé, est acheté par le Museum of Modern Art de New York. Cet objet rend inutilisable un ustensile connu de tout un chacun - la seule pensée de porter les lèvres à cette tasse fait frémir - transforme un produit de nature minérale en nature organique et fait en même temps référence à des expressions du langage : avoir un cheveu sur la langue, etc... 

     

    C'est aussi une allusion ironique au Déjeuner sur l'herbe de Manet - bien que Meret Oppenheim ait démenti cette interprétation comme intention volontaire - et une critique malicieuse des gens qui prennent leur petit déjeuner vêtus de fourrures. 

     

    Richesse d'associations et multiplicité de significations caractérisent l'oeuvre surréaliste de Meret Oppenheim. Ses travaux des années trente renoncent aux formes artistiques telles qu'elles apparaissent chez d'autres créateurs, comme chez Dali par exemple. Ses oeuvres ont quelque chose de temporaire, de fugace. 

     

    Meret Oppenheim appartient à cette génération de femmes surréalistes dont plusieurs ont participé à l'approfondissement et à l'élargissement des principes surréalistes : parmi elles il faut citer Léonora Carrington, Léonor Fini, Valentine Hugo, Kay Sage, Dorothea Tanning et Marie Toyen.

     

     

    Le déjeuner sur l'herbe (Edouard Manet)

     

     


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