• Zeca Afonso (1929 - 1987) Une oeuvre intemporelle.

     

     

    Zeca Afonso

     

     

    "José Manuel Cerqueira Afonso dos Santos, plus connu sous le nom de Zeca Afonso est né le 2 août 1929 à Aveiro (Portugal). Il a vécu, engagé et généreux, une grande partie du XXe siècle portugais. Il a aidé à franchir la frontière de la dictature à la démocratie. Il a élevé la voix contre le fascisme, il a sympathisé avec la lutte des peuples coloniaux pour l'indépendance nationale. Il a subi des persécutions, est passé par les chaînes politiques, a résisté et encouragé tous ceux qui s'opposaient à la dictature. Il chantait la liberté et l'utopie, il voulait en faire une réalité. Il a ajouté sa voix aux multiples volontés collectives, aux espoirs enflammés qui ont surgi dans la période révolutionnaire de 1974-75. C'était un levier de résistance, anticonformiste et insoumis, internationaliste convaincu. Sa voix n'a cessé de s'élever contre la peur, la répression ou l'indignité. Son travail et son action se projettent aujourd'hui, dans l'intemporel."  

    Source : Associação José Afonso (lien à la fin du présent billet)  

    Aujourd'hui, on ne peut pas évoquer la Révolution des Oeillets sans rendre hommage à Zeca, parce qu'il a consacré toute sa vie à la lutte contre la dictature conservatrice salazariste. Mais on ne doit pas oublier qu'il est avant tout un poète, un vrai poète... 

     

    Certains textes de Zeca, inspirés de formes populaires, semblent simples. 

     

    « Mais la poésie populaire a-t-elle jamais été simple ? Pour preuve du contraire, il suffit de prendre l'un des poèmes de Zeca, de nature plus populaire, pour comprendre sa maîtrise formelle et sa densité poétique. Je cite, à titre d'exemple, le 'Canção de embalar' du LP "Cantares do Andandilho" (1968):

    "Mon garçon l'étoile du matin dort / Je l'ai cherchée et je ne l'ai pas vue / Si elle ne vient pas à l'aube / Une autre que je sais sera pour toi / / Une autre que je connais dans la nuit noire / A propos de ton sourire enchanteur / Tu entendras chanter dans les hauteurs / Des chants et des berceuses / / Des berceuses et des ballades / Accorde ta gorge mon chanteur / Quand la lumière s'éteint aux fenêtres / L'étoile du matin perd de son éclat / / Perds l'étoile du matin petite fille/ Si une autre ne vient pas / La nuit, c'est une petite fille/ Laisse-la s'endormir aussi "

    Cette densité que je viens d'évoquer est due à l'utilisation, dans les quatre strophes aux vers de neuf syllabes, de la technique dite leixa-pren * qui reprend des éléments du dernier vers d'une strophe pour les intégrer et les prolonger dans le premier couplet de la strophe suivante. Ainsi naît un tissu textuel dans lequel la fin du poème nous ramène au début. La voix de l'adulte a pour fonction de rassurer l'enfant, de l'accompagner dans son voyage vers le sommeil, mais en même temps les images poétiques acquièrent une autonomie et une grandeur qui dépassent la compréhension du garçon. L'étoile de l'aube, visible à l'aube, est la planète Vénus, aussi appelée étoile du soir, visible à la tombée de la nuit. C'est à elle que la chanteuse délègue la protection de l'enfant et, parce qu'elle n'est pas encore apparue, la remplace. Mais cette substitution, au niveau du texte, est double. Une autre étoile prend la place de l'étoile de l'aube en son absence, car l'enfant, pour ne pas se sentir abandonné la nuit, a besoin, sinon de lumière concrète et réelle, du moins l'idée de permanence. Pour cette raison, la voix du chanteur évoque les chants et les chansons, mettant tout l'univers nocturne au service du garçon et le plaçant dans une sorte de dôme pour que rien de mal ne puisse lui arriver. En promettant l'étoile pour le lendemain matin, il garantit la restitution de l'ordre visible dans lequel évolue l'enfant. L'étoile du matin est le lien entre la nuit et le matin, la plus grande étoile du ciel, d'un point de vue humain, mais à la fin du poème le chanteur la fait petite, à la taille d'un enfant, pour l'intégrer dans son monde d'enfance, comme il fait avec la nuit, transformée en une fille fatiguée.

    La beauté singulière de cette berceuse réside dans la séquence de ses images, dont le point de départ est le petit garçon, pour ensuite évoquer tout l'univers et, finalement, le réduire à la taille d'un enfant : un acte de l'amour s'est transformé en chanson."  Elfriede Engelmayer

    (Texte pour le débat « José Afonso, l'œuvre poétique », dans le cadre de l'initiative « Avec José Afonso, 20 ans sur le chemin », organisée par AJA-Norte (Centre associatif José Afonso) et le Club littéraire de Porto. Porto, CLP , 16 février 2007)

     leixa-pren *  terme médiéval désignant une figure de style caractéristique lyrique galaico-portugaise qu'on retrouve aussi en Provence qui consiste à terminer une strophe en commençant la suivante par les mêmes mots.

     

     

     

    https://ocprotesto.org/dossier-tematico-2/  à consulter absolument : contient la biographie de Zeca, et de belles photos

    « La belle lumière d'octobre...

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  • Commentaires

    6
    Vendredi 26 Novembre à 14:59

    Bonjour 

    Merci pour ton passage sur mon blog, je découvre cette homme engagé pour défendre les libertés de son pays. un joli texte et une belle voix. bonne fin de semaine   amitiés 

    5
    Jeudi 25 Novembre à 17:13

    " je ne fais que semer des mots dans la musique" et c'est très beau ! respect pour ce poète  et son engagement !

    Merci Eva, bisous, bonne soirée !

    tongue et ta photo de couverture est très belle !

      • Jeudi 25 Novembre à 23:43

        Merci ma Noëlle, douce nuit !

    4
    Jeudi 25 Novembre à 08:53

    Un homme résolument engagé en faveur de la démocratie et qui a lutté contre les formes diverses d'oppression.A ce titre on doit être respectueux envers lui.

    J'ai trouvé le clip superbe.Une voix remarquable, un rythme persuasif et une musique accompagnant des textes ciselés magnifique

    Merci pour ce partage.

    Bon jeudi

    3
    Jeudi 25 Novembre à 01:54

    muchas gracia pour ce moment de poésie et d'émotion 

    je me souviens d'un copain poète espagnol qui disait 

    que le sud a tellement souffert qu'il va souffrir encore

    mais il a tellement donné qu'il donnera encore

    muchos besos

    tilk

      • Jeudi 25 Novembre à 11:07

        "Je ne fais que semer des mots dans la musique. Je n’ai pas d’autre prétention à mes déambulations dans la musique populaire. Je fais seulement des chansons. La chanson s’insère toujours dans un processus. Son efficacité dépend du processus dans lequel elle s’insère. son importance dépend de l’ampleur de ce processus." José Afonso

        Merci Tilk ! Besos 

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