• La scène du puits...

     

    "Le puits est l'une des parties les plus surprenantes de la caverne. Il ne contient qu'un petit groupe d'images que leur exécution ne situe peut-être pas, dans la caverne parmi les plus habiles, mais il n'en est pas de plus étranges.[...] Aujourd'hui, il est facile de descendre dans le puits. A l'extrémité de l'abside s'ouvre un trou profond où il est possible de se glisser à l'aide d'une échelle de fer scellée dans la roche, mais dans les temps préhistoriques, la descente, qui se faisait peut-être par une corde, pouvait relever de l'acrobatie. Il n'est pas nécessaire, à vrai dire, de descendre au fond du puits : une plate-forme étroite, à mi-hauteur, à quatre mètres au-dessous du sol de l'abside, permet de faire face (au-dessus de la partie profonde qui s'enfonce à gauche) à une paroi sur laquelle, d'un côté, un rhinocéros est figuré, et, de l'autre, un bison ; entre eux, à demi tombé, un homme à tête d'oiseau surmonte un oiseau figuré en haut d'une perche. Le bison est littéralement hérissé de fureur, sa queue est dressée et ses entrailles se vident en lourdes volutes entre ses jambes. Devant l'animal, une sagaie est tracée de droite à gauche, coupant le haut de la blessure. L'homme est nu et ithyphallique ; un dessin de facture puérile le fait voir couché de son long, comme s'il venait d'être frappé à mort : ses bras sont écartés, ses mains ouvertes (celles-ci n'ont que quatre doigts)." 

    "Le bison du fond du puits est représenté d'une manière à la fois sommaire et expressive. De même que les figures voisines, il n'est pas polychrome, mais tracé de larges traits noirs. Il utilise seulement la chaude couleur ocre de la roche à cet endroit, qui achève de l'animer. [...] La gaucherie rend plus sensible un caractère commun à l'ensemble des figures de la caverne : elles sont tracées en perspective tordue. C'est-à-dire de profil, mais comme si, pour les mieux dessiner, l'on avait tordu certaines parties, les pattes, les oreilles et les cornes (ou les bois). Sur ces animaux de profil, les pattes, les oreilles et les cornes sont vues de face (ou de trois quarts). Les pattes du bison sont fendues et les deux cornes, au lieu de se confondre, ou d'être parallèles, ont la forme de lyre qu'elles auraient à nos yeux si l'animal nous faisait face (mais cette lyre est inclinée : le bison est figuré la tête basse, dans l'attitude de la charge)."

    "L'homme du puits de la caverne de Lascaux est en même temps que l'une des premières figurations connues de l'être humain l'une des plus significatives. Assez exceptionnellement, elle est peinte (d'autres, du même temps, sont sculptées, en ronde bosse ou en bas-relief, ou gravées, si elles ornent des parois). Elle est du moins tracée à gros traits de peinture noire. Elle est de lecture facile (nous pouvons l'interpréter sans discussion) mais sa facture raide, enfantine, est d'autant plus choquante que le bison peint avec est d'exécution réaliste (du moins est-il vivant dans tous les sens).[...] Le bison lu-même relève il est vrai de cette sorte de figuration du réel à laquelle convient le nom de réalisme intellectuel. Par rapport à la plupart des figures animales de Lascaux, nous n'avons là que le schéma naïf et intelligible de la forme, non plus l'imitation fidèle, naturaliste, de l'apparence. Le bison néanmoins semble naturaliste en face de l'homme, également schématique, mais outrancièrement maladroit, comparable aux simplifications des enfants. Beaucoup d'enfants  traceraient l'analogue de l'homme, pas un n'atteindrait la vigueur et la force de suggestion de l'image du bison, qui exprime la fureur et la grandeur embarrassée de l'agonie. 

    Ainsi l'opposition paradoxale des représentations de l'homme et de l'animal nous apparaît-elle, dès l'abord, à Lascaux.

    Dans leur ensemble, les figures humaines de l'Age du renne répondent en effet à cette séparation profonde, comme si, par un esprit de système, l'homme avait été préservé d'un naturalisme, qui atteignait, s'il s'agissait de l'animal, une perfection qui laisse confondu."

    Georges Bataille. (Lascaux ou la naissance de l’art. Pages 110, 111, 116. Edition Skira / Flammarion)

     Voir aussi : Le miracle de Lascaux


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  •  

    à ceux qui passent...

     

    Merci à ceux qui passent, à ceux qui s’arrêtent, à ceux qui disent un mot…

                 eva 


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  • Bonjour 2017

     

    Avec une pensée pour ceux qui sont seuls, ceux qui sont dans la peine ou dans le deuil, ceux qui souffrent dans leur chair ou dans celle d'un être aimé, une pensée pour ceux qui sont malades sans espoir de guérison, une pensée pour ceux qui aiment sans espoir de retour...


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  • L'Aître St Maclou à Rouen, et "les marchands du temple"...

     

    Comme une idée fixe, la ville de Rouen a enfin réussi à chasser les élèves des Beaux Arts, par des manœuvres plus ou moins douteuses et les projets farfelus refont surface.
    C'est officiellement annoncé: On prévoit d'y installer des commerces, d'abattre les arbres... Car si les bâtiments sont classés, l'atrium et l'atmosphère particulière de l'ossuaire ne l'est pas.

    Les projets semblent concorder pour vouloir détruire ce lieu trop représentatif d'un symbolisme de mort, état d'esprit en conflit avec la tendance actuelle. Couper les arbres, installer des commerces et un salon de thé c'est saccager un lieu hors du commun, en lui ôtant sa sérénité, son calme, sa beauté sauvage et austère. 

    Cet endroit est le dernier ossuaire d'Europe. Il a survécu aux incendies, aux Calvinistes, il ne survivra pas a la tendance bobo!
    D'urgence il faut créer un "Comité de Défense", faire classer cet endroit dans son intégrité et pas seulement sur les éléments qui le composent, c'est un Atrium, la cour carrée.
    Commerces et échoppes vont détruire l'ambiance de cette cour et le sentiment de mort qui y règne. C'est lui qui dérange, ce lieu est un hommage à la mort, il n'y a nul besoin de l'exorciser. 

    Dix millions d'euros ont été annoncés pour ce projet de "Reconversion" scandaleuse.
    "Reconversion" est l'horrible terme employé pour ce projet, comme un aveu d'intention, une provocation délibérée.  

     

    Un salon de thé dans cette dernière photo ? Pourquoi pas une boîte de nuit ? J'en tremble ! Signez, signez la pétition

     

    adressée au patrimoine-mondial-de-l-unesco ICI

     

    L'Aître St Maclou à Rouen, et "les marchands du temple"...

     

     


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