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    "La belle endormie" Paul Placet

     

     "La Roque-Gageac, tranquille dans sa nuit.

    Le reflux des toits montés de la rive du fleuve, en bas. Par dizaines ils s’agglutinent pour des cabanons, greniers, granges, passages vers des jardins, auvent sur le trou d’une cave, trois marches en débord pour un seuil élevé au-dessus de la ruelle ; toitures comme un ramassis d’écailles disparates, arquées en creux dans un mouvement de femelle en chaleur, crevées, délabrées en pauvres carcasses qui attendent… Et cela se chevauche, s’encastre, se bouscule, s’épaule, se tourne le dos. Géométrie malmenée, tohu-bohu qu’un urbaniste joyeux aurait éparpillé sans souci de son épure. Chaque pièce à vivre peu ou prou prend sa lumière aux carreyrous qui sinuent pour ne point se laisser prendre et dévaler d’un coup. La Grande-Rue, le seul passage de quelque importance, mais avec les mêmes fumiers, unit les deux quartiers du bourg."

    Paul Placet in "La belle endormie" 

     

     


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  • "Le Cactus rose de Sido" Colette

     

     

    "Monsieur,

     

    Vous me demandez de venir passer une huitaine de jours chez vous, c'est à dire auprès de ma fille que j'adore. Vous qui vivez auprès d'elle, vous savez combien je la vois rarement, combien sa présence m'enchante, et je suis touchée que vous m'invitiez à venir la voir. Pourtant, je n'accepterai pas votre aimable invitation, du moins pas maintenant. Voici pourquoi : mon cactus rose va probablement fleurir ! C'est une plante très rare, que l'on m'a donnée, et qui, m'a-t-on dit, ne fleurit sous nos climats que tous les quatre ans. Or, je suis déjà une très vieille femme, et, si je m'absentais pendant que mon cactus rose va fleurir, je suis certaine de ne pas le voir refleurir une autre fois...

     

    Veuillez donc accepter, Monsieur, avec mon remerciement sincère, l'expression de mes sentiments distingués et de mon regret."

     

    Ce billet signé Sidonie Colette née Landoy, fut écrit par ma mère à l'un de mes maris, le second. L'année d'après, elle mourait, âgée de soixante-dix sept ans. Au cours des heures où je me sens inférieure à tout ce qui m'entoure, menacée par ma propre médiocrité, effrayée de découvrir qu'un muscle perd sa vigueur, un désir sa force, une douleur la trempe affilée de son tranchant, je puis pourtant me redresser et me dire : "Je suis la fille de celle qui écrivit cette lettre, -cette lettre et tant d'autres que j'ai gardées. Celle-ci en dix lignes, m'enseigne qu'à soixante seize ans elle projetait et entreprenait des voyages, mais que l'éclosion possible, l'attente d'une fleur tropicale suspendait tout et faisait silence même dans son coeur destiné à l'amour. Je suis la fille d'une femme qui, dans un petit pays honteux, avare et resserré, ouvrit sa maison villageoise aux chats errants, aux chemineaux et aux servantes enceintes. Je suis la fille d'une femme qui, vingt fois désespérée de manquer d'argent pour autrui, courut sous la neige fouetttée de vent crier de porte en porte, chez des riches, qu'un enfant, près d'un âtre indigent, venait de naître sans langes, nu sur de défaillantes mains nues... Puissé-je n'oublier jamais que je suis la fille d'une telle femme qui penchait, tremblante, toutes ses rides éblouies entre les sabres d'un cactus sur une promesse de fleur, une telle femme qui ne cessa elle-même d'éclore, infatigablement, pendant trois quarts de siècle..."

     

    Colette (La naissance du jour. 1928)

     

             


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    Le danseur de corde...

     

     

     

     


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  • Libro de buen amor

     

    Le "Libro de Buen Amor" (Livre de bon amour) est une œuvre magistrale, composée en vers essentiellement, par un certain Juan Ruiz, Archiprêtre de Hita, en 1330 ou 1343.

    Il s'agit d'une composition d'environ 1 700 strophes en cuaderna vía (strophes de quatre vers alexandrins espagnols – à 14 syllabes métriques – à rime consonante), typiques du Mester de Clerecía, auquel elle appartient, précédées d'un prologue/sermon en prose. L'auteur – dont le nom et l'identité restent méconnus et contestés – fait se succéder des pièces narratives et lyriques aux origines et à la thématique variées.

    Le fil conducteur de cette magnifique (mais complexe) fresque en vers est le parcours amoureux faussement autobiographique du protagoniste-narrateur, l'archiprêtre de Hita, qui enchaîne diverses aventures amoureuses à l'issue désastreuse pour la majorité d'entre elles (seule une d'entre elles, débouche sur un supposé mariage, aventure dans laquelle l'archiprêtre est remplacé par un personnage parodique, don Melón de la Huerta, sieur Melon du jardin). Ces femmes sont de conditions et d'origines diverses, et constituent, de ce fait, des portraits vivants et variés de la femme du xive siècle.

    L'Archiprêtre de Hita, de son vrai nom Juan Ruiz, est un auteur castillan du xive siècle, dont on ignore à peu près tout. Son véritable nom, ses origines, ses activités restent quasiment inconnues, et ont fait douter de l'existence réelle de l'auteur. Il serait né en 1283 ou 1284 et décédé en 1350 ou 1351. Son nom est demeuré éternellement lié à la seule œuvre qui lui soit attribuée : le Libro de Buen Amor ou Livre de Bon Amour, considérée comme un des chefs-d'œuvre de la littérature castillane et européenne médiévale.

     

     


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