• Sur les pas d'Emma

     

    "Rigolette cherchant à se distraire pendant l'absence de Germain" Joseph-Désiré Court (1844)

     

    Il serait possible que Delphine Delamarre (Mme Bovary) ait servi de modèle au peintre Court. Légende ou réalité ? Delphine aurait été identifiée par l'une de ses amies de pension... En tout cas, le titre du tableau est légèrement ironique, et le détail de l'oiseau en cage est tout à fait symbolique de la condition de la pauvre Emma... Le village de Ry serait "Yonville l'Abbaye", on y voit le Crevon que Flaubert appelle La Rieule. On peut encore suivre les pas de Mme Bovary dans la ville de Rouen, où Flaubert a passé son enfance (son père était chirurgien en chef à l'Hôtel Dieu de Rouen). "Mme Bovary c'est moi" disait Flaubert... et  il est fort probable que l'amant clerc de notaire ait été Flaubert lui-même...

     

     


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    Mouchette

     

     

    "C'est à ce moment, et pour ce motif futile que la pitié qu'elle commençait de ressentir pour elle-même se dissipa d'un seul coup. On croit généralement que l'acte du suicide est un acte semblable aux autres, c'est-à-dire le dernier maillon d'une longue chaîne de réflexions ou du moins d'images, la conclusion d'un débat suprême entre l'instinct vital et un autre instinct, plus mystérieux, de renoncement, de refus. Il n'en est pas ainsi, cependant. Si l'on excepte certaines formes d'obsessions qui ne relèvent que de l'aliéniste, le geste suicidaire reste un phénomène inexplicable d'une soudaineté effrayante, qui fait penser à ces décompositions chimiques sur lesquelles la science à la mode, encore balbutiante, ne fournit que des hypothèses absurdes ou contradictoires."  

    Georges Bernanos (Nouvelle histoire de Mouchette)

     

     


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    "dans le même temps où je m'identifie "sincèrement" au malheur de l'autre, ce que je lis dans ce malheur, c'est qu'il a lieu sans moi, et qu'en étant malheureux par lui-même, l'autre m'abandonne : s'il souffre sans que j'en sois la cause, c'est que je ne compte pas pour lui : sa souffrance m'annule dans la mesure où elle le constitue hors de moi-même."

    Roland Barthes (Fragments d'un discours amoureux)

     


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    "Entièrement visuelle (pensée, concertée, maniée pour la vue, et même pour une vue de peintre, de graphiste), la nourriture dit par là qu'elle n'est pas profonde : la substance comestible est sans coeur précieux, sans force enfouie, sans secret vital : aucun plat japonais n'est pourvu d'un centre (centre alimentaire impliqué chez nous par le rite qui consiste à ordonner le repas, à entourer ou à napper les mets) ; tout y est ornement d'un autre ornement : d'abord parce que sur la table, sur le plateau, la nourriture n'est jamais qu'une collection de fragments, dont aucun n'apparaît privilégié par un ordre d'ingestion : manger n'est pas respecter un menu (un itinéraire de plats), mais prélever, d'une touche légère de la baguette, tantôt une couleur, tantôt une autre, au gré d'une sorte d'inspiration qui apparaît dans sa lenteur comme l'accompagnement détaché, indirect, de la conversation (...)."

    Roland Barthes (L'Empire des signes) 

     


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