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    L'abbaye royale de Fontevraud.

     

    La première singularité de Fontevraud, c'est ce monastère double, qui accueillait les hommes et les femmes. En 1101 Robert d'Arbrissel se fixe avec ses disciples dans le "Vallon de la Fontaine d'Evraud" pour y bâtir l'abbaye de Fontevraud. Selon lui, chacun peut accéder au salut pourvu qu'il y mette du sien. Cela valait aussi pour les femmes réputées comme "moins dignes". Il promeut non seulement une femme alors considérée inférieure à l'homme, mais une femme non vierge jugée inférieure à une femme vierge. C'est ainsi qu'en 1115 il nomme Pétronille de Chemillé 1ère abbesse de l'ordre de Fontevraud...

    Les gisants d’Aliénor d’Aquitaine, de son 2ème mari Henri II Plantagenêt, de leur fils Richard Cœur de Lion, et d'Isabelle d'Angoulême (épouse de Jean sans Terre)  sont exposés dans l'église abbatiale, rappelant le glorieux passé de l'Abbaye Royale de Fontevraud.

    Enfin, jouxtant le réfectoire, et tout près du puits profond, les cuisines romanes constituent la bizarrerie de l’Abbaye Royale, avec leur style byzantin. Le bâtiment diffère des autres par son parement typiquement poitevin, fait de pierres de Charente. La forme octogonale de ce bâtiment et sa toiture hérissée de nombreuses cheminées en « écailles de poisson » ont été un sujet de réflexion pour les historiens. Les «cuisines » de l’Abbaye Royale auraient en réalité été un fumoir, où étaient préparés le gibier et le poisson (essentiellement du saumon, alors abondant en Loire), aliment principal des religieuses. Du saumon fumé de Fontevraud, voici à quoi pouvait ressembler le repas de ces femmes vivant dans l’ascèse !

     

    L'abbaye royale de Fontevraud.

     

     


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    Le Combat des Rois

     

     Cette peinture murale originale du XIIe siècle, d'une surface d'environ 25m², (déposée selon la méthode "a strappo" qui consiste à détacher uniquement la couche picturale) était initialement située sur la voûte de la nef de l'église abbatiale. Elle a été apposée, après restauration, pour des raisons de conservation, dans le réfectoire de l'abbaye.

     

    Il s'agit d'une peinture majeure du cycle d'Abraham. La scène relate l'expédition de représailles que le patriache va mener contre les quatre rois de Mésopotamie (Kedor-Leomer, Tidéal, Amraphel et Aryok) venus dévaster le pays de Sodome et ayant capturé Lot, son neveu, qui y résidait.

     

    Abraham, à la tête d'un groupe de fantassins, met en fuite l'armée de cavaliers qui avaient capturé Lot, son neveu. Abraham et son armée, situés à gauche de la peinture, s'opposent à l'armée des rois, à droite. La multitude se traduit par une accumulation de corps d'hommes ou de chevaux entiers au premier plan, relayée par un amoncellement de têtes dessinées au dessus.

     

    Les fantassins portent leur lance sur l'épaule. Abraham est représenté avec une barbe. Le sol est constitué de bandes de traits parallèles de deux couleurs (ocre jaune et ocre rouge).

     

    réfectoire de l'abbaye

     

    Ci-dessus le réfectoire aux neuf travées couvertes de voûtes d'ogives séparées par de larges doubleaux.

    C'est la prestigieuse abbaye de Saint-Savin qui a été choisie comme le lieu idéal d'implantation du Centre international d'art mural. 

     

    DSC05712

     

    Bâtiments conventuels et chevet de l'église abbatiale.

     

    Ancien-logis-de-l-abbe.JPG

     

    Au sud se dresse l'ancien logis de l'abbé, dont les fondations pourraient être médiévales, mais qui a été repris de fond en comble au XVIIe siècle ; avant d'etre restauré pour abriter l'administration du Centre International d'art mural.

     

    Abbaye de Saint-Savin (Vienne)

     

    Vue de l'ensemble depuis les bords de la Gartempe.


    Saint-Savin le Vieux Pont

     

    Pont Vieux sur la Gartempe...

    (photo eva juin 2013)


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    piliers de la nef

     

    Dès l'origine, les colonnes de la nef ont certainement reçu un décor en faux marbre de couleurs diverses. Mais celui qu'on leur voit aujourd'hui procède d'une part, d'une malheureuse initiative du curé Dubois, et d'autre part, d'un ponçage en règle que Mérimée leur fit subir pour effacer les traces de cet excessif rajeunissement. Dans une lettre de 1844, l'Inspecteur général se disait satisfait du résultat : 

    "Les colonnes astiquées ont pris une teinte admirable, écrivait-il, et quand on aura achevé de les bouchonner, elles pourront mystifier les antiquaires les plus durs à cuire."

     

    Les deux piles de la troisième travée sont en outre ornées sur leur face Est d'un bestiaire. Un seul est authentique, l'autre (celui qui est photographié ici) ayant été exécuté au milieu du XIXe siècle pour fournir un pendant au premier. L'homme médiéval n'attendait pas de ces bestiaires une leçon de zoologie ; mais ce genre d'ouvrage lui permettait de lier une image christologique à chaque représentation d'animal, déjà porteuse d'une signification symbolique. Ainsi l'image du lion offrait-elle l'intérêt de pouvoir être lue selon un schéma à deux niveaux : à la fois comme un animal dormant les yeux ouverts et comme une image du Christ, dont la nature divine était restée vivante tandis que, durant son séjour au tombeau, sa nature humaine endurait la mort. (source : Yves-Jean Riou, Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France)

     

    transept

     

    Transept

     

    absidiole d'axe

     

    Dans le choeur, le décor des chapiteaux des colonnes, dont les corbeilles sont alternativement garnies de trois rangs de feuilles d'acanthe selon une inspiration corinthienne, ou tapissées de lionnes dressées par couple, offre de grandes similitudes avec celui des chapiteaux du choeur de la collégiale Sainte-Radegonde de Poitiers. 

     

    piliers-du-choeur.jpg

     

    absidiole

     

    Chapelle d'axe : la scène d'ensevelissement peinte sur la partie supérieure se rapporte peut être à la vie d'un saint, soit Hermenegilde, martyr espagnol du VIe siècle auquel est dédié l'autel, soit Marin, martyr de Maurienne du VIIIe siècle dont les restes, à l'origine conservés dans la crypte placée sous cette chapelle, auraient été donnés à l'abbaye par Charlemagne.

     

    décor peint en frise

     

    décor peint en frise dans le transept...

     

    frise murale

     

    frise (détail)

     

    Transept

     

    (à suivre)


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  • St Savin-sur-Gartempe (le vieux pont)

     

    "Dans cette campagne abondante en ombrages, en eaux claires, au-dessus des toits modestes d'une bourgade paysanne, la Genèse, Abraham, Noë, Moïse, Joseph apparaissent, non comme le tribut génial de l'humanisme à une catholicité magnifique, mais comme l'expression spontannée de la croyance dans une imagination fraîche et vive." (H. Focillon)

     

    DSC05679.JPG

     

    Quels qu'en soient son origine et son fondateur, il est établi qu'il existe à Saint-Savin au début du IXe siècle une abbaye jouissant des plus hautes protections. Aux alentours de l'an 1100 l'abbatiale que nous avons encore aujourd'hui est alors entièrement édifiée et son décor peint entièrement exécuté (tous les historiens de l'art s'accordent sur ce point). La plupart des auteurs tiennent le transept pour la partie la plus ancienne de l'abbatiale et estiment que la construction du choeur a immédiatement suivi. Il est également admis par tous aujourd'hui que le clocher-porche a été plaqué contre une façade déjà existante. Les avis diffèrent en revanche quant à l'âge de cette façade et au sens dans lequel a été bâtie la nef. 


    DSC05694.JPG

     

    Le clocher-porche est l'ostensible signal attirant le regard du voyageur qui approche le bourg de quelque direction que ce soit. La puissante tour approximativement carrée a été plaquée contre une façade qui lui préexistait.

     

    clocher-porche de l'abbaye de St Savin

     

    C'est à Saint-Savin que se trouve conservé le plus vaste et le plus bel ensemble de peintures murales romanes de France. On peut en effet y admirer plusieurs cycles iconographiques qui couvrent la plus large surface des parois et des voûtes des diverses parties de l'abbatiale : sur le berceau de la nef ont été représentés une cinquantaine d'épisodes de l'Ancien Testament, dont les thèmes ont été empruntés aux livres de la Genèse et de l'Exode ; le porche est essentiellement orné de scènes tirées de l'Apocalypse ; dans la Tribune (qu'on ne visite plus, hélas !) sont figurés la Passion et la Résurrection du Christ ; sur les parois de la crypte (qu'on ne visite plus) les péripéties du long martyre des saints Savin et Cyprien. Au total, des centaines de mètres carrés sont couverts de peintures ! La seule voûte de la nef longue de 42m environ et d'une demi-circonférence de près de 11m , représente à elle seule une superficie de 460m² : le montage bout à bout de ces grandes scènes qui la décorent forment une bande de 168m de long sur plus de 2.50m de haut...

     

    fresque du porche

     

     Au tympan qui surmonte la porte donnant accès à la nef figure un grand Christ de la Parousie assis sur un trône dans une gloire circulaire. La voûte du porche est soutenue par un arc doubleau et un arc formeret, le premier orné à l'origine de douze médaillons sur lesquels sont représentés les zignes du zodiaque ; sur le second ont été figurés quatre groupes de trois anges et quatre groupes de trois apôtres.

     

    fresque du porche (détail)

     

    Au registre median gauche de la seconde travée du porche se trouvent réunis deux épisodes de l'Apocalypse. A gauche, Jean voit s'ouvrir le temple de Dieu dans le ciel et apparaître l'arche d'alliance dans son sanctuaire (Apoc. XI, 19) tandis qu'à droite est figurée la Femme "que le soleil enveloppe, la lune sous les pieds" et qui vient de donner le jour à un enfant mâle qui doit mener toutes les nations avec un sceptre de fer. Cet enfant est enlevé auprès de Dieu et de son trône par un ange au moment où le dragon, pour noyer la Femme, lance de sa gueule comme un fleuve d'eau, que la terre, venant au secours de la Femme, engloutit (Apoc., XII, 1-5 et 15-16). 

     

    Sauterelles-du-porche.jpg

     

    Au registre supérieur gauche de la seconde travée du porche, se trouve représenté le début du chapitre IX de l'Apocalypse : à gauche, le cinquième ange sonne de la trompette et ouvre le puits de l'Abîme, d'où s'échappent, à droite, des sauterelles dotées, comme les scorpions, du pouvoir de tourmenter pendant cinq mois les hommes qui n'ont point le sceau de Dieu sur le front. "Ces sauterelles font penser à des chevaux équipés pour la guerre : sur leurs têtes on dirait des couronnes d'or, et leurs faces rappellent des visages humains ; leurs cheveux, des chevelures de femmes, et leurs dents, des crocs de lions : leurs thorax, des cuirasses de fer, et le bruit de leurs ailes, le vacarme de chars aux multiples chevaux se ruant au combat " (Apoc. IX, 7-9)

     

     

    vierge-portiere-au-tympan.jpg

     

    Au tympan surmontant la porte d'entrée a été peinte, à la fin du XIIe siècle au moins, une Vierge à l'Enfant, dite Vierge portière. 

     

    vierge-portiere.jpg

     

    Assise sur un trône et se détachant sur une double mandorle bordée à sa partie supérieure de festons, elle est couronnée, nimbée et tient l'Enfant Jésus de face sur ses genoux. Emergeant de demi-cercles qui symbolisent le ciel, deux anges esquissent des gestes vers les personnages du centre de la composition. Tout autour de la Vierge ont été curieusement insérés des cabochons qui accentuent le caractère byzantin de cette représentation.


    (à suivre)


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